LA FLUTE PENDANT L'ORAGE
Que ta voix légère Le suive en chantant !
Mais l'oiseau rentre dans son nid, L'azur des cimes se ternit, Chaque sommet se rembrunit, Couvant son feu de guerre.
Flûte bocagère,
Traverse les airs,
Que ta voix légère
Sourie aux éclairs !
Comme l'oiseau, sous le rocher, Je sais un nid où me cacher.
Où, s'il le faut, pour y coucher, J'aurai mousse et fougère.
Flûte bocagère.
Sous le rocher creux.
De ta voix légère
Chantons à nous deux.
D'ici nous pourrons voir sans peur Le choc de ces flots de vapeur Qui nous rend du monde trompeur La scène mensongère.
Flûte bocagère.
Ne t'en trouble pas,
De ta voix légère
Chante encor tout bas.
MONTAGNE
Mais quoi ! la montagne a tremblé, Et, comme un fort démantelé.
Le ciel semble s'être écroulé Sous un coup de tonnerre.
Flûte bocagère.
Fais silence un peu,
De ta voix légère.
Sous la voix de Dieu !
Sur ceux que la foudre a touchés, Sur les épis au loin couchés.
Sur les sapins trop haut perchés.
Qui jonchent la terre.
Flûte bocagère.
Pleure, et que ta voix.
Pour eux moins légère,
Tremble sous mes doigts !
L'orage a fui... Ses étendards.
Des monts quittant les hauts remparts, Ont dévoilé les cieux épars Où c'était nuit naguère.
Flûte bocagère.
Reprends d'un son pur
Ta chanson légère,
Ta chanson d'azur.
On croirait voir un jour nouveau Luire plus frais, s'ouvrir plus beau,