RANZ DES VACHES
Voici de blondes demoiselles, Trottant, grimpant sans embarras.
Des papillons, même sans ailes, Leur font cortège pas à pas.
Puis voici l'homme aux chansonnettes.
Vaches, ne vous effrayez pas.
Sonnez pour lui, sonnez, sonnettes !
Il se nourrit de sons, hélas !
Il fait son beurre avec la rime, Aussi son beurre n'est pas gras;
Pour nous, nos vaches ont la prime, Et notre beurre est du bon tas.
Quand, vers le soir, la cheminée Nous verra-là tous en un mas.
Nous lui dirons si bien tournée Est sa chanson, ou ne l'est pas.
Mais la chaudière au large ventre En son patois grogne tout bas.
Ah-ahî Ah-ah!
Liauba ! liauba î por alpâ !
Car la chaudière Va la première; Seillons, salière Viennent derrière.
Liauba î liauba î/<?r
MONTAGNE
Grogne comme un ours en son antre, Disant: Ma fay ! la mau tçantâ ^.
Liauba! liauba!/^?r alpâ!
Venez chacune, Et blanche et brune, Et tachetée.
Et mouchetée ; En route ! en route !
Qu'on nous écoute î Venez, sans faute, Où rherbe est haute.
Liauba ! Hauba ! por alpâ,
Lausanne, novembre 1872.
LE VAL b'anzlïndîe:
(Inédit.)
D'Anzeinde le haut vallon.
Sous les hautes cimes, Est gardé par un donjon
Aux fossés d'abîmes ; Et donjon, tours et clocher Sont d'un seul bloc de rocher.
C'est le val d'Anzeinde, O gay!
C'est le val d'Anzeinde.
Il a mal chanté.
LE VAL D'ANZEINDE
Il a, comme un vieux château,
Rempart circulaire, Cour d'honneur, large préau,
Source vive et claire.
Et beau jardin qui fleurit Quand le printemps a souri
Et pris sa volée, O gay!
Et pris sa volée.
Il a ses moulins aussi.
Comme on les appelle,
Quand du glacier radouci L'eau suinte et ruisselle,
S'y creuse un lit de cristal
Et trouve au bout du canal Sa grotte azurée, O gay!
Sa grotte azurée.
Si moulin d'azur ne moud
Que de belle eau claire.
Combien d'autres, après tout.
Ne savent mieux faire!
Grands moulins, moulins d'en Qui souvent ne valent pas
Ceux du val d'Anzeinde, O gay î
Ceux du val d'Anzeinde.
MONTAGNE
Il a de nombreux troupeaux,
Vaches et vachettes, Moutons, chèvres et chevreaux
Sonnent leurs clochettes, Et des files de chamois Broutant l'herbe des parois.
L'herbe parfumée, O gay!
L'herbe parfumée.
Il a chalets et bergers,
Même des bergères, Beaux visiteurs étrangers.
Belles étrangères. Et tout ce monde en gaîté Vient danser la mi-été
Dans le val d'Anzeinde, O gay !
Dans le val d'Anzeinde.
On n'a pas, pour s'y coucher
A l'antique mode.
Lit de mousse ou de rocher,
Mais Ht plus commode.
Bonne auberge chez Guyon, Et bonne soupe à l'oignon,
Et le vin du Chêne^ O gay!
Et le vin du Chêne,
LE VAL D'ANZEINDE
Quand Fhiver est revenu,
C'est une autre affaire î On n'y voit ni rocher nu,
Ni gazon, ni terre, Mais un grand pavé tout blanc, Au soleil étincelant
Dans le val d'Anzeinde, O gay !
Dans le val d'Anzeinde.
Quand la neige jusqu'au toit
Monte et le recouvre, Et qu'à la porte on ne voit
Comment elle s'ouvre, Le toit n'est pas inhumain, Il vous montre le chemin
De la cheminée, O gay!
De la cheminée.
On descend sur le foyer
Tout neige et tout glace ; Au risque de se noyer
Chacun y prend place.
A la flamme des tisons La neige fond en glaçons,
Dans la cheminée, O gay!
Dans la cheminée.
MONTAGNE
Mais au printemps tout renaît,
De nouveau tout brille, La cime ôte son bonnet,
La fleur sa mantille.
Les bergers et les troupeaux Font retentir les échos
Dans le val d'Anzeinde, Ogay!
Dans le val d'Anzeinde.
Et voilà du haut vallon
Sous les hautes cimes, Voilà la vieille chanson
Sur de vieilles rimes. Si quelqu'un n'est pas content.
Qu'on lui dise : « Eh bien, va-t'en,
» Tu n'es pas d'Anzeinde, » O gay!
» Tu n'es pas d'Anzeinde! »
Chalet de Cergniemin, 8 août 1874.
LA MÏ-ÉTÈ DX: 1870. {ANZnN»£)
(Air : Allons dans la plaine.)
Voici la montagne î Voici les troupeaux!
Gagne, mon cœur gagne Enfin le repos !