‹ Œuvres choisies;Chapitre 19 sur 194 · PREMIÈRES JOURNÉES D'HIVER · texte numérisé non relu

PREMIÈRES JOURNÉES D'HIVER

Ainsi, nous devrons peut-être, Eparpillés tour à tour.

Loin du lac qui nous vit naître^ Loin de nos forêts de hêtre.

Nous envoler tous un jour.

Un vent grave se promène Sur notre globe attentif : La vieille famille humaine.

Sous l'orage qui la mène, Fait entendre un cri plaintif.

Aussi, comme avec vitesse Les beaux jours dont nous rêvons Ont fui devant la vieillesse, Précoce en longue tristesse Dans le siècle où nous vivons !

Mais loin ce penser morose Que l'amitié nous défend!

Le feu luit, la porte est close.

Et le moût piquant arrose La châtaigne qui se fend.

N'est-ce pas qu'elle est friande A la voir dorée ainsi!

— Amis, je vous recomniande La pauvre vieille marchande Qui les vend tout près d'ici.

74 LA FAMILLE

Blottie au fond de son gîte, A Tangle du carrefour, Pour les passants qu'elle invite.

Sur son brasier elle agite Ses châtaignes tout le jour. —

Mais de nos sombres pensées Le brouillard s'évanouit ; Leurs images sont chassées De nos âmes oppressées Qu'un vent joyeux réjouit.

Ranimons la souvenance Des beaux jours qui nous ont lui.

Félix^ dira sa romance :

Jamais troubadour de France Ne chanta si bien que lui.

Ainsi, vous que je régale.

Causons et chantons sans bruit. Jusqu'à l'heure sépulcrale Où la haute cathédrale Nous criera qu'il est minuit.

^ Félix Chavannes, auteur de plusieurs romances historiques. Il est souvent question de lui dans la l<!otict biographique. Voir tome I.

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