‹ Œuvres choisies;Chapitre 20 sur 194 · A CAROLINE K · texte numérisé non relu

A CAROLINE K

Un vent de poésie a passé sur nos têtes, Haleine moins féconde en beaux jours qu'en tempêtes ; Et votre âme sonore à cet appel des airs Répondit, solitaire, en nos âpres déserts.

Craquements des glaciers, avalanches soudaines, Rocs à pas de géants descendant les moraines. Ni le mugissement, lent et profond, des bois, Ni le torrent qui fouette, en grondant, ses parois. Rien n'étouffe le chant de la douce cascade Qui, de sa haute source, et d'arcade en arcade. Sur sa couche de marbre inclinée et dormant Laisse tomber un bruit fugitif et charmant. Ainsi de votre voix l'harmonie enchantée Nous arriva d'en haut comme une onde argentée ; Et pour ouïr des flots le merveilleux accord, Les herbes et les fleurs se penchaient vers le bord.

Dès lors, la poésie apparut sur nos cimes. Dans les noires forêts qui voilent les abîmes. Mêlant sous les taillis où dorment les ruisseaux Un murmure céleste à celui des oiseaux. Le soir, vous l'avez vue errer dans les campagnes. Ses cheveux soulevés par le vent des montagnes. Cueillant l'humble bouton qui parfume ses pas, Ou prononçant des mots que tous n'écoutent pas.

Et sa voix, tour à tour triste, sublime ou tendre,

Est le plus doux des bruits au cœur qui sait l'entendre.

Elle vous a donné de ses divines fleurs :

Peut-être il vous fallut les payer de vos pleurs ;

Mais tout poëte doit porter cette couronne,

Don puissant et sacré qui dans l'ombre rayonne.

Je ne sais quel orgueil et quel instinct secret

Me dit que sur mon front peut-être elle apparaît.

Ah! loin d'un froid vulgaire et du choc de la foule

Qui sans laisser de trace et bouillonne et s'écoule ;

Loin d'un luxe égoïste et de ses palais d'or.

Loin du monde cachons, cachons bien ce trésor !

N'est-il point, dites-moi, quelque secret asile.

Un vieux chêne qu'arrose une eau claire et tranquille,

De fraîche violette un gazon émaillé?...

Sitôt que du printemps le souffle aura brillé.

C'est là qu'auprès de vous de deux longues journées

Je veux voir s'écouler les heures fortunées.

Là, je m'enivrerai de vos accens si doux.

La poésie alors s'envolera vers nous ;

Et nos cœurs, tressaillant, sentiront sa présence.

Vous me ferez ouïr dans sa magnificence

La harpe qu'elle tient des mains de l'Eternel, .

Et qui du chant des cieux est l'écho solennel.

Vous me rappellerez cette subUme aurore

Vers laquelle mon œil tend, mais s'égare encore ;

Ce soleil d'Orient dont la splendeur confond,

Qui seul explique l'homme ici-bas vagabond.

pardon! pardon! 77

Croyez-le î votre joix à mon âme attentive

Semble être encor plus douce et plus persuasive,

Quand de la piété me montrant le pouvoir,

Au nom d'un Dieu tout bon vous me prêchez l'espoir.

L'esprit religieux qui ranime et console,

Qui ne trompe jamais et jamais ne s'envole.

Auprès de vous ainsi je voudrais voir mes jours Suivre, environnés d'ombre, un insensible cours. Ma vie, à petit bruit, comme une eau passagère, Fuirait, en ne laissant qu'une trace légère : Quel rêve! et quand pourrai-je en goûter la douceur? Pour le voir s'accomplir que n'êtes-vous ma sœur!

PAKDON î PAKBON !

Moi, j'ai de vous déplaire Pu trouver le moyen.

Grande est votre colère.

Je le vois bien.

Vers vous, l'âme agitée.

Lorsque j'irai demain, Votre main irritée Fuira ma main.

LA FAMILLE

Quoi ! ma faute est punie D'un si dur abandon !

Pardon, tant belle amie, Pardon! pardon!

Prière, pénitence En ont sauvé plus d'un.

N'est-il à mon offense Remède aucun?

Pour expier mes crimes, Que faut-il, dites-moi ?

Faut-il vers avec rimes De bon aloi !

La tâche est difficile ; Mais cent fois j'essaîrai.

Dussé-je essayer mille, J'y parviendrai.

Ou bien, pour trouver grâce, Faut-il, l'air sérieux.

Quand jeune beauté passe.

Baisser les yeux ?

La tâche est difficile ; Mais cent fois j'essaîrai.

Dussé-je essayer mille, J'y parviendrai.

Page 1