LA SOIRÉE PERDUE
Vous n'avez donc qu'à dire, Et moi je ferai tout, Pourvu qu'un doux sourire Me vienne au bout.
Car sachez-le, méchante !
Pour votre amusement Tout me plaît, tout m'enchante; Mais seulement.
D'une loi que j'abhorre Ce serait me lier.
S'il me fallait encore Vous oublier.
Rien n'est si difficile.
Jamais, quand j'essaîrais Ou cent fois ou bien mille.
Je n'y viendrais.
LA SOÏKÊE PEKDUL
Moi dont tout le bonheur, dont le plus cher désir Est de voir près de vous s'écouler mon loisir.
Sans que nul importun survienne ; Sans ouvrir le logis qu'à la seule amitié. Qui joint nos maux et donne à chacun sa moitié,
A moi la vôtre, à vous la mienne ;
8o LA FAMILLE
Moi qui voudrais jouir ainsi de mes beaux ans, J'ai dû subir l'ennui, les plaisirs languissants
D'une longue et fade soirée, Où sur mon siège assis, distrait et fatigué. Je riais au hasard, j'avais l'air d'être gai,
Maudissant l'heure et sa durée.
Vous étiez là pourtant! Mais, séparés tous deux. Je m'accordais à peine un coup d'oeil hasardeux,
Tant ma jeunesse est innocente!
Vous étiez là ! J'aimais à le penser ainsi ; Mais mon cœur, quand mes yeux disaient: elle est ici,
Leur répondait : elle est absente.
Enfin de cet ennui le martyre a cessé !
Et sous mon humble toit, gîte pauvre et glacé.
Tout seul, je viens finir ma veille.
J'ai ranimé le feu dans le foyer mourant. Car la bise nocturne élève en murmurant
Sa triste voix à mon oreille.
La neige, sous des cieux par le froid azurés, Couvre d'un blanc linceul les maisons et les prés ;
Et moi, comme au printemps, je rêve.
Je rêve de deux fleurs qu'unit le même appui, Et de tous leurs efforts se rattachant à lui.
Qu'un vent les courbe ou les relève.