PROMENADE
Mon Dieu, qui m'as donné ta fille la plus belle, Qui, nous cachant tous deux à l'ombre de ton aile,
Souris à notre amour ; Toi, qui jadis vêtu de l'humaine nature. Aimais du lis des champs, admirais la parure
Et la fraîcheur d'un jour !
Ne prends-tu pas plaisir à voir, dans la prairie, Celle que tu bénis, ma compagne chérie,
Courir parmi les fleurs ? Quand mes yeux, tout ravis de sa beauté suprême. Te rendent grâce, ô Dieu, qui la formas toi-même, ^
Et se chargent de pleurs.
Je le sens à la joie, au bonheur indicible.
Qui pénètre mon cœur, ainsi qu'une eau paisible
Un terrain sablonneux; Je le sens au rayon de ta sainte présence. Qui dilate notre âme et fait qu'elle s'élance
Vers ton ciel lumineux;
Oui, c'est avec amour que tu suis, dans la plaine, Qui s'émaille et qui rit sous une tiède haleine,
Nos plaisirs sans remord!
Tantôt, sous les treillis d'une fraîche verdure, Nous fuyons le soleil et cherchons le murmure
D'une source qui dort;
82 LA FAMILLE
Puis, des rustiques fleurs par nos mains moissonnées, Avant que leur beauté, leur grâce soient fanées.
Assis sur le gazon.
J'orne ces noirs cheveux, ce front calme et sans tache ; Tandis que, près de nous, un oiseau qui se cache,
Chante sous un buisson.
Ou, quand tombe le soir, livrés à mille rêves. Nous regardons longtemps du peuplier des grèves
Onduler les rameaux; Jusqu'à l'heure où, soudain, la falaise opposée Des reflets du couchant resplendit, embrasée, Et dore au loin les eaux.
Ces heures sans mélange et ces fraîches couronnes, Cette félicité, c'est toi qui nous les donnes;
Moi, je viens, à mon tour.
T'en faire un doux récit, ô Seigneur qui nous aime ! Comme à son père un fils raconte le soir même Tous ses plaisirs du jour.
Neuchâtel, juillet 183 1.