‹ Œuvres choisies;Chapitre 23 sur 194 · A TOI · texte numérisé non relu

A TOI

Oiseaux fuyant le grand jour, Sous les blés que Dieu moissonne Il nous épargne, et nous donne Ce qu'il faut à notre amour ; Et, pour la joie ou la peine, Une voix que rien n'enchaîne.

Et qui monte de la plaine Au Seigneur, notre gardien.

Dans le nid où sa tendresse Sourit à notre allégresse, Cachons-nous, cachons-nous bien

Oui, ma belle amie ! ô toi.

Ma compagne solitaire î

Lorsqu'au loin tremble la terre,

A tes côtés serre-moi.

Que nous fait l'aveugle foule?

Flots à flots elle s'écoule;

Et des cent bruits qu'elle roule,

Il ne restera plus rien.

Loin de sa rive croulante.

Où naît une herbe sanglante,

Cachons-nous^ cachons-nous bien

LA FAMILLE

Dieu règne; et, du haut des cieux, Où se tait sa voix profonde, Il a jeté sur le monde Un éclair silencieux.

Déjà les forêts chancellent; Les ténèbres étincellent; Et les vagues s'amoncellent, Rompant leur dernier lien.

Sous la main qui, dans Forage, Dirige encor le nuage, Cachons-nous, cachons-nous bien!

Mais ainsi pourquoi prévoir

Le naufrage et la tempête.

Avant que sur notre tête

Ait mugi le vent du soir?

Comme une fleur de l'aurore,

L'an nouveau qui vient d'éclore.

S'épanouit, et se dore

De mon amour et du tien.

O ma rose de tendresse,

Au vol du temps qui se presse,

Cachons-nous, cachons-nous bien!

L'hiver a de ses glaçons Plaqué toute la falaise ; Et le torrent qui s'apaise.

Dort de froid sous les buissons.

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