‹ Œuvres choisies;Chapitre 47 sur 194 · LA BAIGNOIRE · texte numérisé non relu

LA BAIGNOIRE

Qui nous prennent pour leurs idoles, A cheval sur les ondes folles.

C'est notre voyage au long cours, Aux mers de l'Inde ou de la Chine ; L'ardent soleil sur notre échine, Nos pieds dans l'eau, ramant toujours.

C'est notre voyage au long cours.

Nous ne savons rien de la terre.

Sinon qu'on y connut jadis Des^Robinsons, des Vendredis, Seuls dans leur île solitaire, Et n'y sachant rien de la terre.

Nous que l'on traitait d'écoliers.

Nous serons libres et des hommes, Vivant fort bien, tels que nous sommes, Sans encre, plumes ni cahiers, Nous que l'on traitait d'écoliers^

Voici les Iles Bienheureuses, Rêve de tous navigateurs.

Dont on ne voit que les hauteurs Fuyant sur les mers vaporeuses. Voici les Iles Bienheureuses !...

Mais un son lointain retentit.

Qui vient troubler notre beau songe ;

L'onde moqueuse le prolonge ;

LA FAMILLE

Serait-ce nous qu'il avertit, Ce son lointain qui retentit ?

Voix trop facile à reconnaître, Si loin que l'on soit sur les eaux.

Et qui n'a rien d'un chant d'oiseaux, Mais qui nous parle, à nous, en maître, Voix trop facile à reconnaître.

Car c'est la voix du vieux clocher Oïl l'école nous sonne l'heure ; Que notre cœur en gronde, en pleure.

Vite en arrière, et sans broncher, .

Vite à l'appel du vieux clocher !

Et c'est ainsi qu'en plus d'un rêve, De ceux qu'on fait lorsqu'on est grand, Un coup de cloche nous surprend, Qui nous éveille et nous l'enlève.

Et c'est ainsi dans plus d'un rêve.

Mais à cet âge où le lac bleu Etait pour nous la mer immense.

Toujours le rêve recommence.

Sans triste fin, sans long adieu.

Comme plus tard, au beau lac bleu.

A Nyon, la riante ville,

Les flots ainsi, sous le coteau.

Sous les vieux murs, le vieux château,

Page 1