‹ Œuvres choisies;Chapitre 73 sur 194 · LE LÉMAN · texte numérisé non relu

LE LÉMAN

Le soir, errant parmi la violette et le thym. Et sur les rocs d'azur, dansant dès le matin.

Arrachons-nous, mon âme ! à notre poésie,

A notre vision, solitude choisie.

Asile calme, immense, où nous dîmes un soir :

C'est ici qu'il faut vivre, ici qu'il faut s'asseoir.

Ah! puissé-je une fois, puissé-je, une heure encore,

Quand le jour lentement, tristement s'évapore,

Que tout remonte aux cieux, et les élans secrets,

Et les soupirs de l'âme, et le chant des forêts.

Et le parfum des fleurs, et la pourpre des cimes,

Qui vient de réjouir un moment les abîmes,

Et l'opale et l'azur de l'occident vermeil.

Et le flottant nuage à la rose pareil ;

Ah! puissé-je, en un coin, près d'une eau solitaire,

Me replonger au fond de l'infini mystère

Vivre non plus des sens, mais vivre au sein de tout.

Gravir le seuil du monde, et m'y sentir debout !

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