LE LÉMAN
O bleu Léman, amour de tes rivages.
Miroir du ciel où tremblent les nuages. De ma patrie ô suprême beauté.
Je n'entends plus ton murmure enchanté !
2o6 TRISTESSES ET RÊVERIES
Voici des flots : mais leur vague étendue, Leur pâle azur, assombri par les bois.
Leurs humbles bords, leur incertaine voix, Que disent-ils à mon âme éperdue?
O bleu Léman, toujours grand, toujours beau, Que sur ta rive au moins j'aie un tombeau !
J'aime tes eaux que la brise amoureuse Plisse au matin, d'une aile gracieuse.
Lorsqu'elle joue aux voiles des bateaux; Et quand rugit le vent, j'aime tes eaux : Leur grave élan, leur bruissement sonore. Le choc puissant dont retentit le bord ; La blanche écume amassée; et du port L'anse inquiète où l'onde roule encore.
O bleu Léman, toujours grand, toujours beau. Que sur ta rive au moins j'aie un tombeau!
Quand du couchant les flammes nuancées Sur ton miroir s'éteignent balancées. Quand chaque flot plonge, mobile et pur. Son île d'or, dans l'océan d'azur; De ma pensée, autour de toi captive.
L'amour encore repose sur tes eaux.
Avec les monts, les tours, les blancs oiseaux. Et les manoirs qui dorment sur ta rive.
O bleu Léman, toujours grand, toujours beau, Que sur ta rive au moins j'aie un tombeau !
Neuchâtel, 183