‹ Œuvres choisies;Chapitre 75 sur 194 · LE [PROSCRIT · texte numérisé non relu

LE [PROSCRIT

Il est doux, quand le soir embaume au loin la rive Des parfums qu'il enlève au sein naissant des fleurs, Quand s'endort le fracas d'une journée active, Et qu'aux brises du lac l'air éteint ses chaleurs ; Il est doux de sentir la beauté que l'on aime, Auprès de soi pensive, à cette heure suprême, Et de sourire ensemble, et de verser des pleurs.

Heure délicieuse, Ravissement du soir, Où l'âme, sérieuse.

N'a pas besoin d'espoir, Et trouve un divin charme A vivre d'une larme Que nul œil ne peut voir !

Il est doux, le matin, quand les Alpes rayonnent Au salut du soleil qui vient dans un ciel pur. Quand les pommiers voisins de roses se couronnent, Que l'alouette chante au fond du vaste azur; Il est doux de s'asseoir au banc de la famille. Près d'un fils à l'œil noir, près d'une blonde fille, Et d'avoir un jardin fermé d'un petit mur.

Une cloche lointaine Chante; et là, dans la cour.

Une claire fontaine Murmure nuit et jour :

2o8 TRISTESSES ET REVERIES

C'est le ciel et la terre ; C'est la pensée austère Dans un hymne d'amour.

Il est doux, il est doux d'avoir une patrie,

Des montagnes, des bois, un lac, un fleuve à soi,

Vignes, vergers, champs d'or, fraîche et verte prairie,

Un cimetière en fleurs, un autel pour sa foi!

Oh! qu'il est donc amer d'errer à l'aventure,

Privé de tous ces biens, et, devant la nature

Qui vous sourit, de dire : il n'est là rien à moi !

De colline en colline.

Dans le bois triste et noir.

L'exilé s'achemine.

Par les sentiers, le soir.

Au foyer de son père Il rêve, et désespère De jamais s'y rasseoir.

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