‹ Œuvres choisies;Chapitre 84 sur 194 · L'ÉCUREUIL · texte numérisé non relu

L'ÉCUREUIL

Sur les bruyères, Parmi les blés !

Allez, allez!

Le monde tourne Avec nous tous.

Rien ne séjourne, Rien n'est à nous.

Que savez-vous ?

Parmi les branches, Ecureuil vif.

Qui fuis, te penches, Le pied furtif.

L'œil attentif.

De l'arbre antique Que nous dis-tu?

Un ver le pique.

L'arbre est fendu Et vermoulu.

Va, de la cime (Toi seul le peux), Dans cet abîme Noir, caverneux, Du chêne creux.

2 24 TRISTESSES ET RÊVERIES

Dis-moi,... j'écoute...

Est-ce bien long Sous cette voûte, Dans ce vieux tronc?

Qu'y vois-tu donc?

— D'abord, des herbes, Du foin tressé.

Débris superbes,

Nid délaissé De l'an passé.

— Ta découverte Ira plus loin.

— Une peau verte.

Là, dans un coin.

Gît sur du foin.

— Vas-y, de grâce !

Marche en rampant.

— C'est la cuirasse, Qui tombe et pend, D'un vieux serpent.

— Plus bas encore Sonde la tour.

— Un rayon dore Ce noir détour...

— Est-ce le jour ?

l'écureuil

— Non; la caverne Va s' enfonçant...

C'est la lanterne D'un ver luisant, Mais pâlissant.

— Allons! courage, Brave écureuil!

Tu vois, je gage...

— Hélas ! j'ai l'œil Sur un cercueil.

— Là dort, je pense.

Un vieux guerrier Avec sa lance,

Son baudrier Et son cimier?

— Non ; sa vaillance Fut sans renom.

Il n'eut pour lance, Roi du vallon.

Qu'un aiguillon ;

Mais, dans sa bière, Nul muscadin N'a de suaire Plus blanc, plus fin.

De plus beau lin.

TRISTESSES ET RÊVERIES

O gloire vaine!

O vain labeur !

C'est du grand chêne, C'est le vainqueur :

Le ver moqueur.

— Suis les racines...

— - C'est si profond!

Sous les collines, Sous le vieux mont Elles s'en vont.

— J'entends! tu n'oses...

— Je vois, je vois Un champ de roses, De fleurs des bois.

Dormant, je crois.

— Bon ! tu veux rire !

Des fleurs là-bas.

Dans cet empire

Du noir trépas...

— Et pourquoi pas?

Fleurs effeuillées.

Fleurs sans couleurs; Lis des vallées.

Vierges et fleurs.

Comme des sœurs,

l'écureuil

Sont là couchées Dans le tombeau, Et desséchées :

Ce n'est ni beau, Ni bien nouveau.

Sous le vieux chêne Un pré de mort, De plaine en plaine, S'étend et dort; Nul bruit n'en sort ;

Rien n'y bourdonne; Brise du soir Ni vent d'automne N'ont nul pouvoir Sur ce pré noir.

Ce pré, sous l'autre, Au loin s'étend ; Et tout, du nôtre.

Tout y descend En gémissant :

Les fleurs, les belles, Aigles, soldats.

Qu'on ait des ailes.

Qu'on n'en ait pas.

Tout vient en bas ;

TRISTESSES ET REVERIES

Tout vient, se couche Au grand sillon, Même la mouche.

Et le grillon, Et l'oisillon.

Là, l'onde pure Est sans miroir, Et la verdure Est triste à voir ; Là, tout est noir.

La rose est noire ; Noirs, l'œil d'azur, Le col d'ivoire; Noir, le lis pur :

Rien n'est plus sûr!

Et ce pré sombre, Ce foin rouillé S'étend dans l'ombre, Noir et souillé, Là, sous ton pié.

— Prends garde! évite L'affreux cercueil.

Remonte vite.

Mon écureuil!

J'ai l'âme en deuil.

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