LE FIN LARRON
Pour lui payer un seul d'entre eux, Nul, en effet, n'est asssez riche, Outre qu'il n'est pas généreux, Ce maître-filou qui nous triche.
Il vole ses cheveux à l'un,
Dont la tempe, aux sillons arides,
Sans nul épi, ni blond ni brun,
N'est plus qu'un vaste champ de rides.
A l'autre, il vole ses amours,
De son printemps riants mensonges ;
A celui-là, ses heureux jours,
A celui-là, ses heureux songes.
L'œil impassible et sans pitié, Il assiste à notre souffrance, Nous vole même l'amitié.
Nous vole même l'espérance.
A tous enfin, d'un ris moqueur, Il nous surprend notre jeunesse Et tue aussi même ce cœur.
Sans que jamais rien y renaisse.
Et dans cela, nul air malin.
Nul fauve éclair, nul regard louche ;
Le pas léger, l'abord câlin :
On ne dirait pas qu'il y touche.
244 TRISTESSES ET REVERIES
Mais ce qui cause un vague effroi, Et nous rend presque ses intimes, C'est qu'on l'écoute malgré soi, Et qu'il console ses victimes.
Le Temps, ainsi toujours au guet, Est ce voleur au grand front chauve, Qui sur nous tous fait son paquet.
Rit dans sa barbe, et puis se sauve.
KOSE ET NOÏK
« Pourquoi, me dit-on, toujours voir Le sot revers de toute chose?
Si la vie a son côté noir,
N'a-t-elle pas son côté rose ?
» Si maint nuage y va penchant, Qui nous attriste et nous étonne, N'a-t-elle pas, même au couchant, Des rayons d'or pour notre automne ?»
— Amis, j'ai vu la vie aussi Tourner vers moi sa face rose; Je crus en elle, mais voici Sa dernière métamorphose. .