‹ Œuvres choisies;Chapitre 97 sur 194 · GAITÉ · texte numérisé non relu

GAITÉ

Oh î le songe de la vie !

Si pour nous il est le seul, Qu'on s'y plonge et qu'on s'y fie Comme on se fie au linceul !

Qu'importe que d'autres pleurent, Qu'importe que d'autres meurent î Même sort nous est légué.

Soyons gai!

Vous méritez d'être aimée, Et plus d'un vous le dira, Et la terre, alors charmée, Autour de vous fleurira.

Je l'ai rêvée aussi belle, Mais pour la moisson rebelle En vain je me fatiguai.

Soyons gai!

O gaîté! joyeuse cime Du cœur qui va s'élevant, O don vulgaire ou sublime !

Vulgaire le plus souvent ; Oui, malgré tout, oui, je t'aime; Malgré le sombre anathème Du sort contre nous ligué, Soyons gai!

TRISTESSES ET RÊVERIES

CHANSONS BU SOÏK

Le soir, quand on est seul dans l'ombre qui s'amasse Et monte à la fenêtre où l'on aime à s'asseoir, Il nous revient des airs qu'on se chante à voix basse Le soir.

Le soir, quand on est vieux, dans l'ombre qui s'avance Pour nous conduire au terme où l'on ne peut rien voir, Il nous revient des airs que chantait notre enfance Le soir.

Le soir, quand on est deux dans l'ombre à se comprendre Fût-on bien loin du temps où tout brillait d'espoir, Le cœur chante toujours ce chant qu'il sait nous rendre Le soir.

Le soir, lorsque du sien le grillon nous régale, N'eût-on pas plus de voix que lui dans son trou noir. On chante, comme chante une vieille cigale Le soir.

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