‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 47 sur 68 · L. FEUERBACH ET LA FIN DE LA PHIL. CLASSIQUE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

L. FEUERBACH ET LA FIN DE LA PHIL. CLASSIQUE ALLEMANDE

ment reconnu comme faux a son côté vrai grâce auquel il a pu précédemment être considéré comme vrai ; que ce que l'on affirme nécessaire est composé de purs hasards et que le prétendu hasard est la forme sous laquelle se cache la nécessité — et ainsi de suite.

L'ancienne méthode de recherche et de pensée, que Hegel appelle la méthode «métaphysique» qui s'occupait de préférence de l'étude des choses considérées en tant qu'objets fixes données et dont les survivances continuent à hanter les esprits, avait, en son temps, sa grande justification historique. Il fallait d'abord étudier les choses avant de pouvoir étudier les processus. Il fallait d'abord savoir ce qu'était telle ou telle chose avant de pouvoir observer les modifications opérées en elle. Et il en fut ainsi dans les sciences naturelles. L'ancienne métaphysique, qui considérait les choses comme faites une fois pour toutes, était le produit de la science de la nature qui étudiait les choses mortes et vivantes en tant que choses faites une fois pour toutes. Mais lorsque cette étude fut avancée au point que le progrès décisif fut possible, à savoir le passage à l'étude systématique des modifications subies par ces choses au sein de la nature même, à ce moment sonna aussi dans le domaine philosophique le glas de la vieille métaphysique. Et en effet, si, jusqu'à la fin du siècle dernier, la science de la nature fut surtout une science d'accumulation, une science de choses faites une fois pour toutes, elle est essentiellement, dans notre siècle, une science de classement, une science des phénomènes, de l'origine et du développement de ces choses et de la filiation qui relie ces phénomènes de la nature en un grand tout. La physiologie qui étudie les phénomènes de l'organisme végétal et animal, l'embryologie qui étudie le développement de chaque organisme depuis l'embryon jusqu'à la maturité, la géologie qui étudie la formation progressive de la surface terrestre, sont toutes filles de notre siècle.

Mais ce sont surtout trois grandes découvertes qui ont fait progresser à pas de géant notre connaissance de l'enchaînement des processus naturels : premièrement, la découverte de la cellule en tant que l'unité d'où se développe par la multiplication et la différenciation tout l'organisme végétal et animal de telle sorte que non seulement l'on a reconnu que le développement et la croissance de tous les organismes supérieurs se poursui-

vent selon une seule loi générale, mais encore que dans la capacité de transformation de la cellule la voie est indiquée par laquelle les organismes peuvent modifier leur espèce, et, par là, traverser un développement plus qu'individuel. Deuxièmement, la découverte de la transformation de l'énergie, qui nous a montré toutes les forces — c'est ainsi qu'on les nomme — agissantes tout d'abord dans la nature inorganique, la force mécanique et son complément, l'énergie appelée potentielle, la chaleur, le rayonnement (lumière ou chaleur rayonnante), l'électricité, le magnétisme, l'énergie chimique comme étant autant de phénomènes différents du mouvement universel passant dans certains rapports de quantité de l'une à l'autre, de telle sorte que, pour une certaine quantité de l'une qui disparaît, réapparaît une certaine quantité d'une autre, et qu'ainsi tout le mouvement de la nature se réduit à ce processus ininterrompu de transformation d'une forme dans une autre. Enfin, la démonstration d'ensemble faite pour la première fois par Darwin, selon laquelle tous les produits de la nature qui nous environnent actuellement, y compris les hommes, sont le produit d'un long processus de développement d'un petit nombre de germes unicellulaires à l'origine, et que ces derniers sont, à leur tour, issus d'un protoplasme ou d'un corps albuminoïdal constitué par voie chimique.

Grâce à ces trois grandes découvertes et aux progrès formidables des sciences naturelles, nous sommes aujourd'hui en mesure de pouvoir montrer dans les grandes lignes l'enchaînement entre les phénomènes de la nature non seulement dans les différents domaines, mais encore celui entre les différents domaines, et de pouvoir présenter ainsi un tableau synoptique de l'ensemble de la nature sous une forme à peu près systématique, au moyen de faits fournis par les sciences naturelles expérimentales elles-mêmes. C'était autrefois la tâche de ce que Ton appelait la philosophie de la nature de fournir ce tableau d'ensemble. Elle ne pouvait le faire qu'en remplaçant les rapports réels encore inconnus par des rapports imaginaires, fantastiques, en complétant les faits manquants par des idées, et en comblant les lacunes existant dans la réalité au moyen de la simple imagination. En procédant ainsi, elle a eu maintes idées géniales, pressenti maintes découvertes ultérieures, mais elle a également mis en jeu pas mal de bêtises, comme il ne pouvait en

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