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L. FEUERBACH ET LA FIN DE LA PHIL. CLASSIQUE ALLEMANDE

être autrement. Aujourd'hui, où Ton n'a besoin que d'interpréter les résultats de l'étude de la nature dialectiquement c'està-dire dans le sens de l'enchaînement qui lui est propre pour arriver à un « système de la nature » satisfaisant pour notre époque, où le caractère dialectique de cet enchaînement s'impose, même contre leur gré, aux cerveaux des naturalistes formés à l'école métaphysique, aujourd'hui, la philosophie de la nature est définitivement mise à l'écart. Toute tentative en vue de la ressusciter ne serait pas seulement superflue, ce serait une régression.

Mais ce qui est vrai de la nature, considérée, de ce fait, elle aussi comme un processus de développement historique, l'est aussi de l'histoire de la société dans toutes ses branches et de l'ensemble des sciences qui traitent des choses humaines (et divines). Ici également, la philosophie de l'histoire, du droit, de la religion, etc., consistait à substituer à la filiation réelle qu'il fallait prouver entre les phénomènes, celle qu'inventait le cerveau du philosophe, à considérer l'histoire, dans son ensemble comme dans ses différentes parties comme la réalisation progressive d'idées, et naturellement toujours des seules idées préférées du philosophe même. De la sorte, l'histoire travaillait orientée inconsciemment, mais fatalement, vers un certain but idéal fixé d'avance qui était, par exemple, chez Hegel, la réalisation de son idée absolue, et la tendance inéluctable vers cette idée absolue constituait l'enchaînement interne des événements historiques. A la place de l'enchaînement réel, encore inconnu, on plaçait ainsi' une nouvelle Providence mystérieuse — inconsciente, ou prenant peu à peu conscience d'elle-même. Il s'agissait par conséquent ici, tout comme dans le domaine de la nature, d'écarter ces rapports construits artificiellement, en trouvant les rapports réels, tâche qui revenait, en fin de compte, à découvrir les lois générales du développement qui, dans l'histoire de la société humaine, s'imposent comme les lois dominantes.

Mais l'histoire du développement de la société se révèle cependant, en un point, essentiellement différente de celle de la nature. Dans la nature — dans la mesure où nous ne tenons00 pas compte de la réaction exercée sur elle par les hommes — ce S^M sont simplement des facteurs inconscients et aveugles qui agissent les uns sur les autres et c'est dans leur alternance que se

manifeste la loi générale. De tout ce qui se produit — des innombrables hasards apparents, visibles à la surface, comme des résultats finaux qui maintiennent l'ordre à travers tous ces hasards — rien ne se produit en tant que but conscient, voulu. Par contre, dans l'histoire de la société, les facteurs agissants sont exclusivement des hommes doués de conscience, agissant avec réflexion ou avec passion et poursuivant des buts déterminés ; rien ne se produit sans dessein conscient, sans fin voulue. Mais cette différence, quelle que soit son importance pour l'investigation historique, en particulier d'époques et d'événements déterminés, ne peut rien changer au fait que le cours de l'histoire est sous l'empire de lois générales internes. Car, ici aussi, malgré les buts consciemment poursuivis par tous les individus pris isolément, c'est le hasard qui, d'une façon générale, règne en apparence à la surface. Ce n'est que rarement que se réalise le dessein voulu, dans la majorité des cas, les nombreux buts poursuivis s'entrecroisent et se contredisent, ou bien ils sont eux-mêmes à priori irréalisables, ou bien encore les moyens pour les réaliser sont insuffisants. C'est ainsi que les conflits des innombrables volontés et actions individuelles créent dans le domaine historique un état tout à fait analogue à celui qui règne dans la nature inconsciente. Les buts des actions sont voulus, mais les résultats qui suivent réellement ces actions ne le sont pas, ou s'ils semblent, au début, correspondre cependant au but poursuivi, ils ont finalement des conséquences tout autres que celles qui ont été voulues. Ainsi les événements historiques apparaissent d'une façon générale dominés par le hasard également. Mais partout où le hasard semble se jouer à la surface, il est toujours sous l'empire de lois internes cachées, et il ne s'agit que de les découvrir.

Les hommes font leur histoire, quelque tournure qu'elle prenne, en poursuivant chacun leurs fins propres, consciemment voulues, et ce sont précisément les résultats de ces nombreuses volontés agissant dans des sens différents et de leurs répercussions variées sur le monde extérieur qui constituent l'histoire. Il s'agit aussi, par conséquent, de ce que veulent les nombreux individus pris isolément. La volonté est déterminée par la passion ou la réflexion. Mais les leviers qui déterminent directement à leur tour la passion ou la réflexion sont de nature très diverse. Ce peuvent être, soit des objets extérieurs, soit des mo-

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