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L. FEUERBACH ET LA FIN DE LA PHIL. CLASSIQUE ALLEMANDE

de prendre la forme de motifs juridiques pour être sanctionnés sous forme de lois, et comme il faut aussi, bien entendu, tenir compte de tout le système juridique déjà en vigueur pour eux c'est la forme juridique qui doit être tout et le contenu économique rien. Droit public et droit privé sont traités par eux comme des domaines indépendants, ayant leur propre développement historique indépendant, qu'on peut et qu'on doit exposer en eux-mêmes d'une façon systématique, en en éliminant logiquement toutes les contradictions internes.

Des idéologies encore plus élevées, c'est-à-dire encore plus éloignées de leur base matérielle, économique, prennent la forme de la philosophie et de la religion. Ici, le rapport des êtres avec leurs conditions d'existence matérielles devient de plus en plus complexe, est de plus en plus obscurci par les anneaux intermédiaires. Mais il existe cependant. Si toute l'époque de la Renaissance, depuis le milieu du XVe siècle, fut produit essentiel des villes, par conséquent de la bourgeoisie, il en fut de même de la philosophie qui sortit alors de son sommeil. Son contenu n'était, au fond, que l'expression philosophique des idées correspondant au développement de la petite et de la moyenne bourgeoisie à la grande bourgeoisie. Cela apparaît clairement chez les Anglais et les Français du siècle précédent qui étaient en de nombreux cas aussi bien économistes politiques que philosophes, et pour ce qui est de l'école de Hegel, nous l'avons montré plus haut.

Arrêtons-nous cependant encore un peu à la religion, parce que c'est elle qui est le plus éloignée de la vie matérielle et semble lui être le plus étrangère. La religion est née, à une époque extrêmement reculée, des représentations des hommes pleines de malentendus, toutes primitives, concernant leur propre nature et la nature extérieure environnante. Mais chaque idéologie, une fois constituée, se développe sur la base du thème de représentation donné et l'enrichit ; sinon, elle ne serait pas une idéologie, c'est-à-dire la poursuite d'idées en tant qu'entités vivant d'une vie indépendante, se développant d'une façon indépendante et uniquement soumises à leurs propres lois. Le fait que les conditions d'existence matérielles des hommes, dans le cerveau desquels se poursuit ce processus idéologique, déterminent, en dernière analyse, le cours de ce processus, reste chez eux nécessairement inconscient, sinon c'en serait fini de toute

l'idéologie. Ces représentations religieuses primitives, par conséquent, qui sont la plupart du temps communes à chaque groupe de peuples apparentés, se développent, après que ce groupe s'est scindé en plusieurs morceaux, d'une façon spéciale chez chaque peuple, selon les conditions d'existence qui lui sont dévolues, et ce processus est prouvé pour toute une série de groupements, de peuples, notamment pour le groupement aryen (appelé indo-européen), par la mythologie comparée. Les dieux qui se sont ainsi constitués chez chaque peuple étaient des dieux nationaux dont l'empire ne dépassait pas les limites du territoire national qu'ils avaient à protéger, et au-delà des frontières duquel d'autres dieux exerçaient une domination incontestée. Ils ne pouvaient vivre en imagination que tant que subsistait la nation ; ils disparurent en même temps qu'elle. Cette disparition des vieilles nationalités fut provoquée par l'apparition de l'Empire romain, dont nous n'avons pas à examiner ici les conditions économiques de la formation. Les vieux dieux nationaux tombèrent, eux aussi, en désuétude, même les dieux romains, lesquels n'étaient adaptés précisément qu'aux limites étroites de la cité romaine ; le besoin de compléter l'Empire mondial par une religion également mondiale apparaît clairement dans les tentatives faites en vue d'accorder du crédit et des autels à Rome, à côté des dieux indigènes, à tous les dieux étrangers dignes de quelque respect. Mais une nouvelle religion mondiale ne se crée pas de cette façon, au moyen de décrets impériaux. La nouvelle religion mondiale, le christianisme, s'était déjà constituée clandestinement, un amalgame de la théologie orientale, surtout juive, universalisée, et de la philosophie grecque, surtout stoïque, vulgarisée. Pour savoir l'aspect qu'il avait au début, il faut procéder d'abord à des recherches minutieuses, car la forme officielle sous laquelle il nous a été transmis n'est que celle sous laquelle il devint religion d'Etat et fut adapté à ce but par le concile de Nicée1. A lui seul, le fait qu'il devint religion d'Etat 250 ans après sa naissance prouve qu'il était la religion correspondant aux conditions de l'époque. Au moyen âge, il se transforma, au fur et à mesure du développement du féodalisme, en

1 Premier concile œcuménique de l'Eglise chrétienne convoqué par l'empereur Constantin en 325 dans la ville de Nicée (Asie mineure). (N.R.)

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