‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 101 sur 387 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

La reine, avant d'entrer dans la nuit nuptiale, Doit s'asseoir seule encore à la table royale; Et le roi le premier, c'est l'usage formel, Dans la coupe de fer lui verse l'hydromel. Après le roi, tous ceux que lui-même il désigne, Servent la reine, fiers de cet honneur insigne ; Puis, tous prennent leur place au festin. Seul, le roi Est debout devant elle. Observons donc la loi A ton tour, roi Herric, verse à boire à ta lille.

HERRIC, versant de l'hydromel dans la coupe d'Hildiga qui reste immobile et froide.

A ta femme, Attila! Je n'ai plus de famille.

ATTILA, à part.

Ce n'est pas lui! — Voyons les autres, oui, voyons; Cette Gérontia, que j'oublie... Essayons.

(Il appelle Gérontia du geste.) Sers la reine à ton tour, femme.

GÉRONTIA, montant vers Hildiga, et prenant une amphore.

Du vin des Gaules, Reine des Huns ! nos fils aux robustes épaules, Quand ils ont travaillé bravement jusqu'au soir, En voyant le jus d'or ruisseler du pressoir, Se disent : Qui le boit se remplit de sa flamme !

— Reine, nos fils ont tort.

ATTILA, à part.

Ce n'est pas cette femme.

— Walter, verse à ton tour, toi son fidèle ami,

A la reine !

(Walter s'approche, prend une amphore des mains d'une esclave et verse à Hildiga.)

La main de Walter a frémi !

(Levant sa coupe.)

A la reine Hildiga, guerriers huns 1

TOUS

A la reine !

ATTILA, montrant du geste la foule au dehors A la foule à présent, prodiguez bison, renne, Cerf, élan, coq, perdrix, n'épargnez rien : le roi Nourrit son peuple.

MUNDO

C'est le contraire, je crois, Que Ton voit d'habitude, et par un sort étrange, Quand le peuple a tué le coq, le roi le mange !

ATTILA, riant.

Fort bien dit ! Cependant, si c'est vrai, penses-tu Que ces peuples, pour qui j'aurai tout combattu, Se souviendront de moi?

MUNDO

Trop bonne est leur mémoire !

ATTILA

Ils m'admirent sans doute aujourd'hui dans ma gloire, Oui, mais que diront-ils à ma mort, cher devin?

MUNDO

Les uns diront : Hélas! Et les autres : Enfin!

ATTILA

C'est possible! à présent, cherche un peu dans ta tête, Selon l'usage, un chant digne de cette fête.

(Il lui présente une coupe.) Mais d'abord bois ceci.

MUNDO

Tu me prierais en vain.

Les poètes à Rome avaient besoin de vin, Leurs cerveaux s'allumaient aux flammes du Cécube Mais aux poètes huns l'eau vierge du Danube Suffit bien, et nos vers trempés comme l'acier Ont le goût de la neige et le froid du glacier !

(Attila lui fait un signe.)

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