‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 102 sur 387 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

J'obéis, mais ma muse est bien barbare, maître,

La reine aimerait mieux des vers plus doux peut-être,

Et je crains...

ATTILA

Nous allons en juger aujourd'hui.

(A part.) Walter se trahira, car sans doute c'est lui.

MUNDO, au milieu.

Qu'il chante l'épée ou le glaive, Le poète grec ou romain; Ces armes qu'un vieillard soulève, Qu'un enfant pèse dans sa main, Mon vers sauvage les méprise !

Mais l'arme qui perce et qui brise, Bonne à tout gigantesque effort, Qui vole, broie, enfonce, arrache, Je l'aime! Et je chante la hache D'Attila, frère de la mort !

Elle porte dans sa poignée Le fer que le dieu Mars perdit, Elle a pour tranchant la cognée Qui tua le dragon Fafdit ; Elle brille : hordes rivales, Accourez! Hennissez, cavales !

Venez, les corbeaux et les loups !

Du Tanaïs, des monts Carpathes Ours, allongez vos lourdes pattes !

La hache a travaillé pour vous !

0 blanches filles des Burgondes, Pourquoi hurlez-vous, le sein nu ? C'est qu'il saisit vos tresses blondes, Le porteur de hache inconnu ; Pourquoi le nuage qui passe De rougeurs remplit-il l'espace?

C'est qu'il a bu le sang germain, C'est que l'aquilon le promène Sur l'immense hécatombe humaine Que la hache a faite en chemin !

Et toi, reine Ilildiga, dont l'âme A banni son Dieu d'autrefois, Accepte pour épithalame Ce chant des Huns aux rudes voix ; Dans ta grandeur nouvelle, oublie Et les Gaules et l'Italie, Car tes amours ne sont plus là; Ouvre au maître ton cœur farouche, Et dors dans la terrible couche, Près de la hache d'Attila !

(Les Huns lèvent leurs coupes en jetant des cris. Ilildiga reste impassible.)

ATTILA

Walter, viens avec nous applaudir le poète ;

Ton admiration ne peut rester muette ;

Ces vers te plaisent-ils ? Allons, parle, obéis.

WALTER, froidement.

Ton poète a raison : il chante son pays.

IIERRIC, bas.

Bien, Walter !

ATTILA, à part.

Sa prudence encore le protège, Voyons si cette fois il évite le piège.

(Se mettant au milieu des Huns.) Le poète a dit vrai, guerriers : dès ce moment, Hildiga, femme et reine, est à moi seulement ;

(11 mùne Hildiga au trône.) Captifs qui partagiez naguère sa fortune, Votre aspect désormais me gêne et m'importune ; Dans ses yeux, dans son cœur, tout doit être effacé De ce qui lui pourrait rappeler le passé.

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