ACTE TROISIÈME
HERNOCK, bondissant au milieu.
Non, attendez I Je suis le fils du roi, Et je ne veux ici d'autre bourreau que moi ! Walter est prince ; il faut qu'à son titre s'attache Un dernier privilège : il mourra sous ma hache !
( D'un effort de ses mains il brise les fers qu'il porte depuis le premier acte ) ATTILA, allant à lui.
Prends la mienne, mon fils, et, d'un cœur aussi fier Prêtons au châtiment, toi le bras, moi le fer !
(Il donne sa hache à Hernock.)
WALTER
Adieu donc, roi des Huns ; je vais calme à la tombe : Ce n'est pas mon honneur, c'est ma tête qui tombe! De ma vie à ton gré tu peux trancher le cours, Quelque chose de moi t'échappera toujours: Tu peux prendre, Attila, Byzance, Athènes, Rome, La Gaule, l'univers... mais non l'âme d'un homme! Tu n'empêcheras pas que mon dernier adieu N'aille à celle que j'aime en m'en allant à Dieu, Que son nom, sur le seuil de l'éternel mystère, Ne soit le dernier cri que je jette à la terre; Le pouvoir de l'amour est plus fort que le tien, Et mon dernier regard rencontrera le sien !
Tu te trompes, Walter ! ton insolente audace
N'obtiendra même pas cette dernière grâce :
— Sur le front de la reine, esclaves, abaissez
Ses longs voiles..,
(Les femmes couvrent de son voile blanc le visage d'Hildiga, dont on voit seulement le corps frissonner par moments dans la suite de la scène.)
Walter, tout est dit. C'est assez.
Tu ne la verras plus ! Soldats, qu'on accomplisse Mes ordres sur-le-champ : qu'on le traîne au supplice :
152 LES noces d'attila
ATTILA
Nous allons voir, Walter, si l'orgueil, ton soutien, Te suivra jusqu'au bord du tombeau...
WALTER
Pense au tien!
Un jour quelque vainqueur, pareil à toi sans doute, Si dure qu'elle soit, en brisera la voûte, Les vents emporteront ce qui fut Attila, Et les vents ne seront pas plus lourds pour cela! — Adieu donc I — Et toi, toi, reine en qui semble unie Toute la force à tout le malheur, sois bénie ! Ton courage et le mien se devinent assez ; Le cœur de Geneviève est en toi, je le sais 1 Comme la nuit, où va mon âme consolée Par ce dernier espoir, sois muette et voilée, Pour que dans cette nuit ouverte à mon essor Mon âme en s'envolant te reconnaisse encor !
Adieu, mon père !
(A Herric, qui le serre dans ses bras.) IIERXOCK
Allons, Walter ! peux-tu prétendre . . .
WALTER
Hernock, excuse-moi si je t'ai fait attendre. Quelque force qu'un prince ici bas puisse avoir, Son désir est plus vaste encor que son pouvoir ; Attila, que l'on sait de son temps économe, N'a pourtant pris encor ni Lutèce ni Rome ! Si tu règnes un jour, il faut t 'habituer A ces retards; — allons, prince, viens me tuer!
(Il sorl suivi d'Hernock.)