ACTE PREMIER
ELYMAS, s'asseynnt.
Tu peux rire à ton gré, duumvir ! C'est égal, Je garde mon avis : je dis que tout va mal.
LYDIE, aux esclaves.
Dans les vases murrhins servez le vin des Marses.
AFRAN1US
Les beaux cristaux ! Combien de richesses éparses Autour de nous, partout !
MÉGARA, servant Elymas .
Mêle, mon doux rabbin, Ces citrons de Corcyre avec le miel sabin !
ELYMAS, mangeant, puis s'arrêtant.
Tout va mal !
AFRAN1US
Pourquoi donc enfin, Juif débonnaire ?
ELYMAS
Je parlerai du moins, à défaut du tonnerre ; Je chasserai les loups, les serpents et les chiens.
MÉGARA
Mais de qui donc veux-tu parler ?
ELYMAS, avec fureur.
Oh 1 ces chrétiens !
AFRANIUS
Où sont donc C3s chrétiens que ta fureur redoute ? Il n'en est pas un seul à Philippes !
ELYMAS
Sans doute ; Quand tu parles ainsi, duumvir, mon sang bout ! Ils ne sont nulle part, non, mais ils sont partout ; Tu ne vois même pas le péril qui t'assiège, Toi gouverneur romain 1
198 l'apôtre
MÉGARA
Rabbin, de l'eau de neige !
Mêles-y ce Falerne opimien.
Un peu.
MÉGARA
Elvmas, qu'en dis-tu de ce vin?
ELYMAS
C'est du feu!
AFRANIUS
Que leur reproche-t-on à ces chrétiens, en somme ? Attaquent-ils César et le pouvoir de Rome?
ELYMAS
Non, ils sont trop prudents pour commencer déjà ; C'est notre foi d'abord que leur secte outragea, Le Sanhédrin, le Temple et la loi de Moïse.
AFRANIUS
Si ce n'est que cela, qu'ils fassent à leur guise ; Tant qu'ils respecteront l'empire et l'empereur, Rome les voit sans crainte ainsi que sans fureur.
LYDIE
Quoique Juive, Elvmas, j'ose penser de même. Car les chrétiens, au fond, sont des Juifs.
ELYMAS
Quel blasphème !
Ce sont les Pharisiens qui répandent ces bruits ; Mais les Sadducéens, les vrais Juifs, dont je suis, Hommes de foi rigide et de doctrine exacte, Avec ces vils chrétiens n'admettent aucun pacte. Ils ressemblent aux juifs, en effet, comprends-tu? Comme le vice impur ressemble à la vertu ; Leurs dogmes sont encor plus atroces qu'étranges, Et les Samaritains sont auprès d'eux des anges !