ACTE PREMIER
AMAURY
Je le devrais... mais non !
Il me semble souvent en mon ignominie Que ma faute n'est pas encore assez punie, Quand, pour me rappeler mon opprobre immortel, Je pense au jour où, moi ! j'ai conduit à l'autel La veuve de Milon, duchesse de Bretagne, La mère de Roland, la sœur de Charlemagne ! Charlemagne, debout sous le grand dais royal, Me dit en souriant : Mon frère, sois loyal ! Et Roland, sans un mot de jalousie amère, Tendit sa main vaillante au mari de sa mère !
— Ah ! dans ce jour d'orgueil, que ma honte a payé, Que ne suis-je tombé, sous leurs yeux, foudroyé ! Et vous-même, Radbert, le jour de mon supplice,
Il fallait me laisser mourir ; c'était justice ;
Et ce corps vil, sanglant, meurtri, percé de coups,
Il fallait le laisser la pâture des loups !
J'ai souffert, depuis lors, ce qu'aucun mot n'exprime,
Ma chair même a gardé le long frisson du crime !
Mais de tous les tourments le plus cruel pour moi,
C'est mon fils ! Tout mon cœur, Radbert, bondit d'effroi
Quand je songe qu'il peut me dire un jour : « Ma mère
« Fut celle de Roland ; qu'as-tu fait de mon frère ? »
Quand je songe surtout que, demain, aujourd'hui,
Le poids de mon forfait peut retomber sur lui !
— Ecoutez... écoutez... Quelle terreur me glace !
(On entend une fanfare au dehors ) Le son de l'oliphant ! — Ce n'est pas l'air de chasse De Gérald. C'est un air de combat.
RADRERT, regardant au dehors.
C'est bien lui, Gérald... Une étrangère... un Saxon captif...
AMAURY, regardant également.
Oui !