‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 227 sur 387 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MAHOMET, seul, après un long silence.

Eux morts, l'insulte est morte ; Les railleurs se tairont. Le reste, que m'importe? M outrager ainsi, moi! J'ai fait ce que j'ai dû, Us rendront compte à Dieu de leur sang répandu !

(Ses regards se portent sur la tache rouge.) Leur sang... oui... c'est leur sang... un sang perfide et traître!

(Il s'en éloigne.) Un peu de cendre et d'eau le fera disparaître ! Safwan... Ayesha... Tous deux sont innocents; Dieu ne m'a point trompé, je le sais, je le sens ; Cette femme a menti, comme autrefois ce songe ; Eux trahir Mahomet, trahir Dieu! vil mensonge'! Qu'avec ces imposteurs il reste enseveli ! — Ayesha... Cependant, c'est vrai qu'elle a pâli, Et même... J'ai bien fait de répondre à sa place!...

(Rencontrant la tache de sang.) Ce sang... n'ai-je pas dit à l'instant qu'on l'efface?

(Il s'en éloigne.) Elle a pâli! C'était de surprise, c'était D'horreur, et non de crainte,oh ! non !... Hafsa mentait, Hassan mentait aussi! Bonne justice est faite, Et Dieu de sa lumière a guidé son Prophète. &H s éteignait en moi, le céleste flambeau, Je n aurais qu'à chercher l'ombre de ce tombeau !

(II y va lentement.)

330 MAHOMET

— Mon tombeau. ..Rienne vaut ton calme et ton mystère, Caveau noir, dernier nid de l'âme sur la terre !

Les autres hommes ont la terreur dans les yeux En descendant vers toi... Moi je te connais mieux 1 Là, dans cette ombre auguste où meurt toute chimère , Plus de soupçons et plus de jalousie amère !

— Être jaloux ! De quel enfer est donc venu Ce tourment, ce démon que je n*ai pas connu ?

— Safwan... Ayesha... La femme de l'apôtre Frissonnante, éperdue entre les bras d'un autre !

Rien qu'un instant, un seul, dans mon cœur, dans ma chair,

J'ai senti ce soupçon passer comme un éclair !

L'amour, rêve d'un Dieu, fléau de l'âme humaine,

L'amour serait cela?... Qu'est-ce donc que la haine!

Georgios me l'avait prédit : « Je sais comment

« Tu souffriras ! > Mais, non, ce n'est rien, un moment

De stupeur...

(Avec une sorte de violence.)

Mais je n'ai pas souffert, non ! Et, comme Je le ferai toujours, l'apôtre a dompté l'homme : J'ai puni le coupable et vengé l'innocent, Tout est bien! Ayesha...

(Ses yeux rencontrent de nouveau la tache de sang.)

Ce sang, toujours ce sang !

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