‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 23 sur 387 · GÉRALD, BERTHE · texte numérisé non relu

GÉRALD, BERTHE

(Gérald esl debout sur la galerie, regardant au loin vers le Rhin et la campagne. Berthe regarde Amaury s'éloigner, puis elle s'arrête assez longtemps les yeux sur Gérald immobile ; enfin, elle parcourt lentement la grande salle, et arrive devant la table où se trouve le Jeu des vertus.)

Ah ! le Jeu des vertus ! — Ce jeu me le rappelle, Au palais de Lutèce ou bien d'Aix-la-Chapelle, Charlemagne souvent, à cette heure du soir, Médit : «Prends ce jeu, Berthe ! Il faut aujourd'hui voir, « Quelles sont les vertus que le sort nous indique, Et qui de nous saura les mieux mettre en pratique. »

(Elle prend le cornet et agile les dés ) Ce n'est qu'un jeu. Pourtant les inspirations En sont bonnes toujours, très bonnes ! — Essayons.

(Elle jette les dés et lit sur le tableau.)

« Devant chacun, devant soi-même, être sincère. »

C'est facile, et cet ordre était peu nécessaire.

(Elle lit de nouveau.)

« Grande pitié pour ceux qui nous ont fait souffrir ! »

Ah ! si l'occasion venait à moi s'offrir,

Je voudrais pratiquer cette vertu céleste !

Et cependant, qui peut savoir 1 — Lisons le reste.

« Reconnaissance ! » Bien !

(Elle regarde du côté de Gérald, toujours immobile ; elle reprend les dés et va les jeter de nouveau, mais elle s'arrête comme ayant réfléchi.)

Ajourd'hui, c'est assez.

(La nuit tombe.) VOIX d' AMAURY, au dehors.

Dieu nous garde : veillez !

GÉRALD, répondant.

Dieu nous garde : veillez!

(Une autre voix répète le cri plus loin.)

FIN DU PREMIER ACTE

Page 1