GÉRALD, BERTHE
(Gérald esl debout sur la galerie, regardant au loin vers le Rhin et la campagne. Berthe regarde Amaury s'éloigner, puis elle s'arrête assez longtemps les yeux sur Gérald immobile ; enfin, elle parcourt lentement la grande salle, et arrive devant la table où se trouve le Jeu des vertus.)
Ah ! le Jeu des vertus ! — Ce jeu me le rappelle, Au palais de Lutèce ou bien d'Aix-la-Chapelle, Charlemagne souvent, à cette heure du soir, Médit : «Prends ce jeu, Berthe ! Il faut aujourd'hui voir, « Quelles sont les vertus que le sort nous indique, Et qui de nous saura les mieux mettre en pratique. »
(Elle prend le cornet et agile les dés ) Ce n'est qu'un jeu. Pourtant les inspirations En sont bonnes toujours, très bonnes ! — Essayons.
(Elle jette les dés et lit sur le tableau.)
« Devant chacun, devant soi-même, être sincère. »
C'est facile, et cet ordre était peu nécessaire.
(Elle lit de nouveau.)
« Grande pitié pour ceux qui nous ont fait souffrir ! »
Ah ! si l'occasion venait à moi s'offrir,
Je voudrais pratiquer cette vertu céleste !
Et cependant, qui peut savoir 1 — Lisons le reste.
« Reconnaissance ! » Bien !
(Elle regarde du côté de Gérald, toujours immobile ; elle reprend les dés et va les jeter de nouveau, mais elle s'arrête comme ayant réfléchi.)
Ajourd'hui, c'est assez.
(La nuit tombe.) VOIX d' AMAURY, au dehors.
Dieu nous garde : veillez !
GÉRALD, répondant.
Dieu nous garde : veillez!
(Une autre voix répète le cri plus loin.)
FIN DU PREMIER ACTE