‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 24 sur 387 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

Berthe va donc partir ! La plaine est libre enfin ; Les tribus des Saxons ont repassé le Rhin, L'armée impériale arrive sur leur trace ; Dieu d'un nouveau combat ne m'a pas fait la grâce. Demain, ce soir peut-être, elle va nous quitter !

— Tous les soupçons, du moins, j'ai su les éviter : Mon père ne sait rien ! Tout le monde l'ignore, Ce secret de mon cœur !... Gardons-le bien encore !

— Ce silence me pèse... Il m'humilie, il ment, Et la honte qu'il donne en est le châtiment !

— Raisonnons toutefois... Pourquoi ne pas me taire '? Tout homme a son secret, toute âme a son mystère ; La pudeur, la prudence, au cœur le plus loyal

Sont permises toujours... Et cependant c'est mal ! Les nobles sentiments dédaignent tous les voiles, Le ciel n'est plus le ciel quand il n'a pas d'étoiles ! Mon secret dans mon sein ne peut plus s'enfermer : Mon père saura tout ! — Mais pourquoi l'alarmer ? Pourquoi livrer mon père à l'angoisse, à la crainte ?

— Ciel ! où donc ai-je appris cet art vil de la feinte ? Dissimuler, tromper, m'engager, le front bas,

Dans ces obscurs chemins que je ne connais pas !

— Cependant... si je dis la vérité, mon père Ne me permettra plus ce départ que j'espère ;

Si je lui dis: « C'est pour la suivre que je pars î » Son refus est certain 1 — Hélas 1 De toutes parts,

Page 1