‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 232 sur 387 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

Tout va finir pour vous. La peine après la honte; Toi, femme, sur ton sort ma justice moins prompte Prononcera demain.

(A Safwan.)

Pour toi qui n'es plus rien Qu'un traître...

(Montrant la coupe sur la table.)

Prends et bois ceci, meurs comme un chien.

AYESHA, se jetant entre Safwan et la coupe. Je ne veux pas !

MAHOMET

Grand Dieu ! d'où te vient cette audace, Femme? Ce que j'ai dit doit être. Pas de grâce! Cet homme, dût l'enfer à son aide accourir, Cet homme m'a trahi, cet homme va mourir !

AYESHA

Je ne veux pas!

MAHOMET

Tais-toi, femme ! Par quel prodige M'oses-tu résister ?

AYESHA

Je ne veux pas ! te dis-je.

Safwan t'obéit en soldat, jusqu'au bout, En silence ; mais moi, moi je te dirai tout ! Après, maître, à tes yeux je tomberai s'il tombe. Et tu sais que je parle en regardant ma tombe. Tu m'écouteras donc ! Et le maître irrité Se taira...

MAHOMET

Qu'oses-tu dire ?

AYESHA

La vérité !

J'ai caché trop longtemps dans mon âme meurtrie Mes douleurs, et leur poids m'étouffe, et je les crie !

336 MAHOMET

Tu m'écouteras donc ! Dieu mettra dans ma voix

Le courage, la force inconnue autrefois,

Eh bien! oui, je l'aimais! oui, j'ai donné mon âme,

Et ma pureté même à tes yeux est infâme :

J'y consens. Cependant tu devrais convenir

Que mon âme c'était à toi de l'obtenir,

Qu'elle voulait s'ouvrir et que tu l'as fermée...

MAHOMET, à part.

Comme je souffrirais si je l'avais aimée !

AYESIIA

Quand on me sépara de celui que j'aimais,

Tu le sais, j'obéis sans me plaindre jamais ;

Et même, cette ardeur qui veut être assouvie

Et que tout être humain reçoit avec la vie,

Les rêves de demain et les rêves d'hier,

Le dévouement profond, inaltérable et fier,

Je te les réservais... Eh bien, eh bien, écoute !

Dans le mal que j'ai fait, dans mon crime sans doute,

Tu ne comptes que deux coupables ; mais, crois -moi,

Il en est un de plus.

MAHOMET

Lequel, femme ?

AYESHA

C'est toi 1 Devant Dieu qui m'entend et sera mon refuge, Devant toi qui punis, — à mon tour je te juge !

MAHOMET

Me juger, une femme !

AYESHA

Après tout, pourquoi pas Puisqu'une femme, enfant, t'a porté dans ses bras? Ecoute jusqu'au bout, toi, l'apôtre, le maître, Toi, l'envoyé de Dieu, son image peut-être ; Toi, qu'un ange saisit dans son vol effrayant Et qui n'as frissonné qu'une fois en voyant,

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