‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 245 sur 387 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Attendez.

FRANTZ

Puis-je attendre ?

FRANCO

(A Venieri.)

Comprends-tu ?

VENIERI

Je commence à comprendre.

(Débrouillant son idée finement.) « Quand le paon vaniteux braille, on lui dit: « Bravo I « On t'a calomnié ! Ton chant c'est Fart nouveau, « L'art sublime, le plus éclatant que nous eûmes ! » Pendant que l'oiseau chante on lui vole ses plumes !

FRANCO

Tu m'as très bien compris. Mais tu ne sais pas tout ; Arétin sert les gens chacun selon son goût; Il vend à des prix fous, à ceux que rien n'étonne, Ses vers dont rougiraient Apulée et Pétrone l

(Entrent plusieurs seigneurs.) Aussi, vois donc quel luxe !

VENIERI, regardant autour de lui avec admiration,

Un palais d'Orient !

FRANCO

Que plus d'un roi d'Europe envie, en le payant.

VENIERI

Il me tarde de voir le dieu d'un si beau temple, Sans l'espoir, par malheur, de suivre son exemple !

FRANCO

Nous l'attendons. Il est parti dès le matin Pour quelque rendez-vous...

VENIERI

Galant ?

FRANCO

Et clandestin !

(Montrant la porte de gauche.)

Car c'est ici qu'il a, comme un sultan d'Asie, Son vrai harem !...

VENIERI, avec un soupir.

Heureux qui suit sa fantaisie !

Il a des enfants?...

FRANCO

Oh ! bien peu ! Les médisants

Content qu'il eut un fils voilà neuf ou dix ans ;

Mais, comme ce qui peut l'enchaîner, il l'évite,

Il laissa là le fils et la mère au plus vite ;

Il n'en parle jamais et n'y songe pas plus

Que le vent de la mer aux navires perdus !

Tels sont, en abrégé, l'homme et ses aventures.

(11 remonte vers le dressoir et verse du vin pour lui et pour Venieri à qui il offre aussi une pâtisserie que celui-ci dévorera avec des mines gourmandes pendant le couplet suivant.)

VENIERI

On l'estime pourtant ?

FRANCO, gagnant la gauche pour s'éloigner du groupe de clients qui sont entrés graduellement et qui attendent près de la fenêtre.

C'est selon les natures !

Son nom à Clément sept fit froncer les sourcils, Mais il tourna la tête à Jean de Médicis ; De grands hommes, Titien et même Michel-Ange, En frémissant d'ailleurs, portent ce joug étrange ; Vois son buste lauré comme un César Romain, Il est de Torbido qui sera grand demain ; Vois son portrait signé Titien, jamais peut-être Dans un cœur, plus à fond, ne fouilla l'oeil du maître ; Enfin, qui le croirait ? L'empereur Charles-Quint Au roi François premier dispute ce coquin !... Le vrai, c'est qu'on le craint comme l'on craint la guerre.

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