‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 246 sur 387 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

VENIERI

Je vois, mon cher Franco, que tu ne l'aimes guère ! Cependant...

Je le sers! Pour vivre. — Je le hais! Cet homme, dont le sort comble tous les souhaits, Est un maître implacable, oui ! Pour deux épigrammes Que j'écrivis, c'est vrai, contre uns de ses femmes — Les Arétines, comme on les appelle ici — Il me fit bâtonner... C'est elle!

Agnèse entre avec plusieurs autres Arétines et va frapper familièrement sur l'épaule de Franco, puis s'éloigne.)

VENIERI

Celle-ci ?

FRANCO

Mon pain me coûte cher, tu vois, mais je me venge A regarder de près ce colosse de fange ! —

AGNÈSE, de loin, levant sa coupe,

Seigneur Franco, salut ! A ta santé je boisl

(Se rapprochant graduellement avec ironie.) N'irons-nous pas couper des rameaux dans les bois? On fait de bons bâtons avec les jeunes chênes ! Evviva, mon poète ! A tes œuvres prochaines !

(Éclats de rire. Elle boit en riant, puis remonte vers le dressoir où la rejoignent bientôt quelques nouveaux venus qui échangent avec elle des poignées de mains et des bavardages à voix basse.)

FRANCO, à Venieri, un peu étonné, mais charmé de ces allures nouvelles pour lui.

Veux-tu toujours entrer chez nous ?

VENIERI, hésitant d'abord, puis vidant son verre et trouvant le vin bon.

Ma foi ! ma foi !

Oui. La brutalité n'a pas prise sur moi; Celle d'un maître, il faut, plus terrible fût-elle,

362 LE FILS DE l'aRÉTIN

L'oublier en buvant son vin de Moscatelle ! Je reste.

(Entrent Torbido et Sansovino qui vont rejoindre et saluer les autres seigneurs déjà groupés à droite.)

FRANCO

C'est fort bien ! Et tu vas dès ce jour Apprendre ton métier.

(Montrant le groupe qui s'est formé à droite, au fond du théâtre.)

Voici toute la cour Du sublime Arétin : sculpteurs, peintres, poètes. Chanteurs qui viennent tous, comme des alouettes, A l'appel du chasseur pour se prendre au miroir !

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