ACTE PREMIER
SCÈXE III Les Mêmes, ARÉTIN
TORBIDO
Maître Arétin, honneur à Votre Seigneurie ! Nous venons tous offrir...
ARÉTIN, avec une légèreté hautaine .
Un instant je vous prie !
Il faut que je contente — à regret quelquefois — Une foule de ducs, de princes et de rois !
(Il va vers la table et écrit rapidement.) Franco, fais à l'instant porter cette réponse A l'envoyé du roi de France qu'on m'annonce. — Attends. A Brescia, le chevalier Bayard Hier est arrivé. Va chez lui de ma part ; Sous les murs de la ville il fut blessé naguère, Et puisqu'il y revient à la fin de la guerre, Je tiens à le connaître, à l'accueillir. Chez moi Dis- lui qu'il trouvera l'envoyé de son roi ; Il comprendra ma force, à ce que j'ose croire, Et, s'il sait me gagner, j'écrirai son histoire 1
(Regardant Venieri.) Mais, Franco, quel est donc ce drôle mal vêtu?
C'est un homme qui n'a pour biens que sa vertu ! Mais très bon calligraphe.
VENIERI
Et serviteur fidèle!
ARÉTIN
Ah!
(A Franco.)
Fais-lui copier ma dernière nouvelle
Des Songes cl Arétin, pour voir...
[Il s'interrompt en voyant Sansovino.] (Franco mène Venieri à la table des secrétaires, l'installe et sort après avoir pris sa coiffure et son manteau.)
364 LE FILS DE l'aRÉTIN
ARÉT1N
Sansovino !
SANSOVINO
Cher maître !
ARÉTIN
Il me faudrait un palais sur l'Arno, Florence m'a nommé de son académie, Et je veux faire honneur à cette ville amie ! Les terrains sont-ils chers à Florence?
SANSOVINO
Très chers !
Mais je sais, Arétin, qu'ils vous seront offerts. Quant au reste, mes mains ne vous sont pas suspectes?
Non ; je proclame en toi le roi des architectes !
(A un autre.)
Bonjour, Frantz? Traducteur des poètes anciens! Ton talent me plaît fort et c'est pourquoi je tiens A la traduction que je t'ai demandée.
FRANTZ, tirant un papier de sa poche.
De Sapho? La voici.
ARÉTIN, prenant et lisant.
Voyons... Hum... Fausse idée !
Sapho n'aurait pas dit cela. Tu t'es trompé.
FRANTZ
Comment ?
ARÉTIN
Le sens t'a sans doute échappé.
FRANTZ
Mais...
ARÉTIN
Dans le texte grec la pensée est plus fine.