A M AIT, Y
Je te comprends encor. Les Sarrazins d'Espagne, Après tant de combats sont encore insoumis ; Tu trouveras en eux de dignes ennemis ; Ils attaquent souvent l'Aquitaine voisine : Tu verras donc, Gérald, la guerre sarrazine ; J'ai là-bas des amis qui te feront accueil.
GÉRALD
Plus grand est mon désir encore, ou mon orgueil : Je voudrais guerroyer près de l'empereur Charles.
AMAURY
Je comprends moins, Gérald, le désir dont tu parles ; Fils d'un soldat obscur : Juge mieux ton erreur ! Qui donc te conduirait jusques à l'Empereur?
GÉRALD
Dame Berthe.
AMAURY, lui prenant vivement les mains et le regardant en face. Gérald !
GÉRALD
Eh bien, oui, oui, je l'aime 1 Loin de moi. loin de moi tout lâche stratagème ; J'aime Berthe !
AMAURY
Mon fils !
Oui, je l'aime ! Et ce mot Semble élargir mon cœur à le dire tout haut 1 Oui, mon père, je l'aime autant que je l'admire : Ses yeux où l'on dirait qu'un coin du ciel se mire, Son âme qui rayonne à travers la beauté, Sa voix... Quel homme au monde aurait donc résisté? Je l'aime ! Est-ce folie ou raison ? je l'ignore. Je l'aime! Tout est là; que vous dirais-je encore ?