VIII INTRODUCTION
Si nous avons tenu à conter ici brièvement la marche d'Henri de Bornier à Ventrée de la carrière dramatique, c'est d'abord pour montrer quelle foi, quelle persévérance, quel indéfectible courage lui furent nécessaires, en face de tant d'inopinés et injurieux obstacles ; c'est aussi parce que, des œuvres d'essai dont nous avons conté les traverses, aucune ne se trouvera dans le présent volume, où nous devions toutefois indiquer l'acheminement du poète vers ses œuvres définitives, dont la Fille de Roland fut la première . Des cinq autres pièces que contiendra notre recueil, nous ne dirons que quelques mots, l'auteur lui-même en ayant presque toujours, dans ses préfaces ou dédicaces, exposé la genèse, les vicissitudes et la pensée directrice.
Après la Fille de Roland, les Noces d'Attila furent représentées en 18 80 à l'Odéon, avec un succès considérable. C'était une œuvre plus farouche, plus tendue que la précédente et, par la. moins faite pour garder aussi longtemps la faveur du public, bien que supérieure, peut-être, par la qualité du style et par la puissance du verbe.
Dans ces deux drames, qui se complètent en quelque sorte, Henri de Bornier avait mis sa fîère conception du patriotisme et sa noble philosophie de l'histoire ; il rêve maintenant, comme Corneille avec Polyeucte et Théodore, de composer, des drames religieux où le Christianisme sera confronté, au point de vue de l'action sociale et, notamment, de la condition des femmes, avec les religions concurrentes 'et il réalise ce dessein en écrivant L'Apôtre et Mahomet.
L'Apôtre est, plus encore qu'un drame, une magnifique étude du rôle de saint Paul dans l'Eglise naissante, en face du Paganisme et du Judaïsme ; et le poète, n'espérant pas trouver un théâtre qui osât monter une pièce de celte sorte, se contenta de la publier (1 8 87). Mais Mahomet, où à une exacte et vigoureuse restitution historique s'unissaient les situations les plus émouvantes, fut reçu a l'unanimité, en 1888, h la Comédie-Française. M. Jules Clarelie lui avait fait, dès la première heure, un accueil enthousiaste. Deux ans après, ce drame, dont le génial Mounet Sully devait être le protagoniste, allait entrer en répétitions, les dJcors et les costumes étaient déjà commandés, quand on apprit, tout à coup,