SCÈNE VI
Les Mêmes, BERTHE LE DUC NAYME, à Berthe, qui entre.
Venez, Berthe ! venez ! C'est à vous la première De maudire...
Qui donc, seigneur duc de Bavière ?
LE DUC NAYME
Le nom de Ganelon.
Ah ! duc, Dieu n'est témoin Qu'aujourd'hui de ce nom ma pensée était loin !
Charlemagne souvent me dit ceci : « Pardonne « A tous nos ennemis, comme Dieu te l'ordonne, « Sarrazins, Grecs, Normands, Lombards, Aragonnais, « Didier, Lupus, Hunald ; à Ganelon, jamais ! » Qu'avec la mienne donc votre voix retentisse Pour maudire ce nom. C'est justice !
GÉRALD
Oui, justice !
Et j'élève la main pour maudire aussi, moi, Ce nom infâme...
AMAURY, à part.
Ciel!
RADBERT, se dirigeant vers Gérald.
Tais-toi, Gérald, tais-toi I Je suis prêtre, et j'ai droit à tous de vous le dire : Celui que dans la mort vos voix allaient maudire, Que pourrait-on pour lui si Dieu l'a condamné ? Que peut-on contre lui si Dieu l'a pardonné ?
BERTIIE
Sire moine, il est vrai ! devant la voix du prêtre, Je me tais !
LE DUC NATME
J'ai parlé cruellement peut-être, Mais j'ai comme un remords lorsque j'entends ce nom : Autrefois j'ai sauvé la vie à Ganelon.
(Il se lève et quitte la table, suivi d'Amaury et de Radherl.) Oui, c'était à Verden. Le soir de la bataille, Un roi Saxon... — je vois encore sa haute taille ; Son nom était Morglan...
(Mouvement de Ragenhardt.)
Tenait sous son genou Ganelon renversé, blessé, l'épée au cou ; En ce moment j'accours, je détourne le glaive Du roi saxon...