ACTE DEUXIÈME
AMAURY, à part, en s'éloignant encore du duc. C'est vrai !
LE DUC NAYMB
Ganelon se relève, Attaque de nouveau, car il avait du cœur, Et frappe le Saxon qui se croyait vainqueur. Un enfant déjà fort comme ceux de sa race, Criait : Ne tuez pas mon père ! grâce ! grâce ! (Nouveau mouvement de Ragenhardt.)
Ganelon, par mon aide à son tour triomphant, D'un regard furieux fît reculer l'enfant, Puis il tua le père. — Un an après madame, Ganelon trahissait Roland, et dans mon âme, Depuis ce jour maudit, je n'ai que ce remord : C'est d'avoir arraché Ganelon à la mort !
AMAURY, à pari.
Hélas !
RAGENHARDT, à part, après avoir remarqué visiblement l'attitude d'Amaury .
Comme le comte est pâle !... Etrange chose 1
Il évite les yeux du duc... Pour quelle cause ?
Observons de plus près.
(Il s'approche lentement d'Amaury, qui, se sentant observé se retourne avec un regard terrible.)
AMAURY
Que veux-tu Ragenhardt ?
RAGENHARDT, à part en reculant.
Je ne me trompe pas : c'est le même regard !
(Haut, allant vers le duc Nayme.) Sire duc, un seul mot de grâce !
LE DUC NAYME
Je t'écoute.
RAGENHARDT
C'est bien le roi Morglan dont vous parliez ?
LE DUC NAYME
Sans doute.
Tous les Francs connaissaient ce brave chef saxon ; Mais, pour m'interroger, quelle est donc ta raison ?
RAGENHARDT
Le roi Morglan était mon père.
(Après un silence, il se dirige vers Amaury.)
Seigneur comte, J'espère de vous ici une réponse prompte : Vous m'avez fait chrétien, et, d'après un édit, Je suis libre.
AMAURY
Il est vrai. Mais la loi t'interdit De retourner en Saxe, et si ton espérance...
RAGENHARDT
Non, il faut que longtemps je reste en France !
AMAURY
Quel est donc ton projet ?
RAGENHARDT
On le saura plus tard.
— Adieu, comte Amaury.
(A pari en sortant.)
C'était bien ce regard !