ACTE QUATRIEME
ARÉTIN
Oui! oui, traître, reste ici !
ORFINIO
Je veux ce que je veux. Il sera fait ainsi. Rien ne m'arrêtera, menace, ni prière.
ARÉTIN, lui barrant la roule.
Alors c'est un aveu ? La chose est vraie ? Arrière ! Ou, si tu veux passer, lève sur moi la main.
ORFINIO
Non, non 1 Mais croyez-m'en, livrez-moi le chemin ! Il le faut, je vous jure !
(Il va vers le fond et trouve devant lui les trois femmes. )
ANGELA, lui barrant le chemin.
Orfînio, prends garde !
L'ange du châtiment descend et te regarde ; Moi qui te pardonnais tout à l'heure, je sais A présent que les jours du pardon sont passés, Et cependant je crie au ciel : « Une heure encore I Ne jetez pas cet homme au gouffre qui dévore, Laissez-moi de nouveau le suivre aujourd'hui,
(Elevant le crucifix.)
Car je mets cette croix entre le crime et lui! »
ORFINIO, s'écartant d'elle pour sortir.
Il est trop tard, madame !
STELLINA, se jetant devant lui.
Orfînio, demeure !
Tu ne peux pas vouloir que de honte, je meure; Ne me force donc pas à mêler chaque jour Le deuil de ton honneur au deuil de mon amour ! Je veux être, s'il faut que mon âme se brise, Celle qu'on fait pleurer, pas celle qu'on méprise l Si ma souffrance plaît à ton orgueil ici, Orfînio, fais-moi souffrir, mais pas ainsi !
472 LE FILS DE l'aRÉTIN
ORFINIO, cherchant toujours à sortir.
Laissez-moi, Stellina !
CAMILLA, lui barrant la route .
Reste ici, misérable !
Si tu pars, je serai la plus inexorable ; Dans mon passé maudit je rentre avec effroi ; L'honneur, je n'en veux plus, puisqu'il me vient de toi ! Le voile noble et pur, de mon front je l'arrache, Et bientôt quel que soit l'asile qui te cache, Moi, ta mère, j'irai te saisir de ma main, Te traîner, te montrant aux forçats du chemin ; Puis dans les carrefours, tenant toujours ma proie, Appelant les ribauds et les filles de joie : « Armez-vous d'un fer rouge et, pour le double affront, « Marquez la mère au sein, marquez le fils au front, « Afin qu'à tout jamais on puisse reconnaître « Le fils de la ribaude et la mère du traître ! »
ORFINIO, après une hésitation.
Oh ! ma mère... vos pleurs, plus que votre courroux, M'auraient touché peut-être...
Eh bien ! donc, à genoux,
Mon enfant, je te prie.
(A Angela.)
Et vous aussi, madame,
Vous aussi, Stellina.
(Les trois femmes sont à genoux.)
Non, tu n'es pas infâme !
Ne va pas où tu veux aller, mon fils ! mon fils ! Grâce pour moi, mon fils 1 Grâce pour ton pays ! Je t'en supplie encor, mon enfant, fais-moi grâce !
ANGELA
Grâce, grâce, mon fils !
ORFINIO
Non, non ! Faites-moi place !