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BLANCHE DE CASTILLE

Disons-le tout de suite, elle a été calomniée. Un moine anglais, le chroniqueur Mathieu Paris, a élevé contre elle les imputations les plus horribles et les plus fausses. Mais l'histoire n'en a rien retenu et, chose particulière, dans un savant recueil de notre temps, le Cabinet historique, deux érudits ont réduit à néant les calomnies de Mathieu ; ce sont les deux frères, Paulin et Louis Paris, comme s'ils avaient tenu à dégager leur nom des infamies de leur ancien homonyme 1

Tous les historiens, depuis Varilas jusqu'à Michelet et Henri Martin, sont d'accord pour rendre hommage au génie comme à la vertu de cette noble reine.

Le public se souvient surtout de son mot fameux : « J'aimerais mieux voir mon fils mort que coupable envers Dieu ! » En réalité, Blanche de Gastille fut une femme de génie, et, de plus, une héroïne. « La

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régence et la tutelle de Louis IX, dit Michelet, eussent appartenu, d'après les lois féodales, à son oncle Philippe Hurepel, comte de Boulogne et de Clermont, mais le légat et le comte de Champagne assurèrent la régence à Blanche. »

Je note ce point : le légat.

L'historien continue : « C'était une grande nouveauté qu'une femme commandât à tant d'hommes ; c'était sortir d'une manière éclatante du système militaire et barbare pour entrer dans la voie pacifique de l'esprit moderne. Le Pape et les évêques l'y aidèrent. »

En même temps que les aptitudes politiques, Blanche avait l'héroïsme. « Blanche, rappelle Michelet, voulut les insignes et les honneurs virils... Elle réclama, au sacre de son fils, le droit du comté de Flandre, celui de porter l'épée nue, l'épée de la France... Elle brisa la force féodale au nom d'un enfant. »

On sait comment, à Montlhéry, entourée par les féodaux, elle fit savoir le péril du roi et le sien aux bourgeois de Paris et aux seigneurs des environs qui sauvèrent le jeune roi et elle. « Les Parisiens,dit M. Élie Berger, très amis de sa mère, l'emmenèrent à Paris en triomphe. Le roi ne l'oublia jamais. »

En fait de courage royal, Blanche avait de qui tenir ; elle descendait directement de C^arlemagne par sa grand'mère, Isabelle de Hainaut. Espagnole par son père le roi Alphonse, Anglaise par sa mère, elle se fit Française par l'intelligence et le cœur.

Blanche de Castille, très jeune encore, avait épousé l'héritier de la couronne de France, qui régna sous le nom de Louis VIII, ce Louis VIII « pâle et chétif, dit M. Petit-Dutaillis, dans la Bibliothèque des Hautes Etudes, fils de Philippe-Auguste, roi bon vivant, jovial et sensuel ».

Si le mari de Blanche ne fut pas un grand roi, ce fut un saint ; j'en voudrais donner une preuve par un

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fait assez délicat à raconter. J'essaierai, d'après l'historien Guillaume de Puy.

Le roi était malade à Avignon. Les médecins déclarèrent qu'il ne pouvait être guéri que par l'amour d'une femme... Archambaud de Bourbon fit introduire

dans la chambre du roi une noble et gente fille Mais

le roi refusa de pécher mortellement, et il donna l'ordre à Archambaud de marier et de doter convenablement la jeune fille ainsi sauvée. Les médecins durent croire qu'ils avaient eu raison, car le roi mourut peu de temps après.

Blanche était digne de comprendre cette vertu royale qui eut sur elle un grand ascendant; à son tour, elle exerça une grande influence sur le roi, et, lorsqu'elle devint veuve, elle resta fidèle à sa mémoire, malgré les pièges qui lui furent tendus.

Jeune mère et jeune régente d'un jeune roi, sa situation était difficile, mais elle sut s'en tirer à son honneur, par son courage et, disons-le aussi, par son adresse diplomatique. Attaquée par les grands vassaux, par les plus proches parents de son fils, elle eut l'art de chercher une force chez ses ennemis même, et on verra tout à l'heure comment elle y réussit.

Son œuvre faite,son devoir de reine, de régente et de mère accompli,, elle avait bien gagné le droit de finir ses jours dans le calme dont elle n'avait jamais eu le temps de jouir. « Blanche, dit M. Oscar Havard (Femmes illustres de la France), voulut mourir sous l'habit des religieuses de Cîteaux, sur une couche de paille. »

Ne sait-on pas aussi qu'elle fut vénérée comme Bienheureuse du tiers ordre de Saint-François. Du reste, le moine anglais, son calomniateur, lui survécut et, comme le raconte M. P. Tarbé, il eut du moins le bon esprit de se rétracter et de se repentir.

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