AC^E TROISIÈME
HUGONNEL
Oui, je te jure !
Il faut tuer le roi, sans retard, sans pitié, Plusieurs, sans réussir, l'on souvent essayé, Le comte de la Marche ou sa femme ou quelque autre Nous serons plus heureux !
ALIÉNOR
Cet ordre est bien le vôtre?
HUGONNEL
Le mien ! Venge-nous donc, comme tu Tas promis,
Sur la mère plus tard, aujourd'hui sur le fils ;
Ta vengeance sera pour elle plus arrière ;
Commence par le fils pour voir pleurer la mère !
Sois comme moi : Vaincu par ce prêtre maudit.
Ma colère s'amasse et sourdement grandit ;
Je veux que de ce peuple et de ces rois, ensemble,
La moitié disparaisse et que le reste tremble ;
J'aime à sentir ainsi les haines m'envahir :
Je voudrais croire en Dieu pour pouvoir le haïr !
— Maintenant, agissons. Tu vas mieux me comprendre,
Car voici le moment où tu dois tout apprendre.
ALIÉNOR
Enfin !
HUGONNEL
Je t'ai sauvée, élevée au-dessus Des autres femmes...
ALIÉNOR
Oui.
HUGONNEL
Tu ne sais rien de plus ?
Tu ne connais ni ton vrai nom ni ta naissance
ALIÉNOR
Non.
HUGONNEL
Je t'ai dit un jour, tu t'en souviens, je pense, Que je possédais seul des secrets importants ; Ne t'étonne de rien ; nous vivons dans un temps Dont l'histoire est souvent terrible et peu chrétienne, Heureusement ! — Tu la connais. — Voici la tienne : Le Bohémien, l'homme à qui je t'achetai, M'apprit, le même jour, toute la vérité : Louis Huit, le mari de Blanche de Castille, Fit enfermer jadis, au fond d'une bastille, Charles Quatre, royal et dernier descendant De Charlemagne, avec sa fille encore enfant ; Dans ce fort d'Orléans. — Ecoute mieux encore ! — Charles mourut... Epée ou poison ? Je l'ignore : Mais avant de mourir, il put faire échapper Sa fille qu'on allait sans doute aussi frapper ; Il confia l'enfant, dont on perdit la trace, Le dernier rejeton de cette illustre race, A des Bohémiens, et leur chef lui promit De garder ce secret qu'à moi seul il transmit ; Et de cela j'ai bien les preuves, je l'atteste. — Cette fille, c'est toi.
AL1ÉNOR
Moi ? moi !
HUGONNEL
Tu sais le reste.
ALIÉNOR
Je n'ai rien oublié.
HUGONNEL
Tes devoirs et tes droits Sont de venger ton père et ta race à la fois, D'employer le poison à défaut de l'épée, De ressaisir ici la couronne usurpée, Car elle t'appartient, comtesse Aliénor ! Comtesse... C'est trop peu ! Tu seras plus encor :