‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 374 sur 387 · AC^E TROISIÈME · texte numérisé non relu

AC^E TROISIÈME

HUGONNEL

Oui, je te jure !

Il faut tuer le roi, sans retard, sans pitié, Plusieurs, sans réussir, l'on souvent essayé, Le comte de la Marche ou sa femme ou quelque autre Nous serons plus heureux !

ALIÉNOR

Cet ordre est bien le vôtre?

HUGONNEL

Le mien ! Venge-nous donc, comme tu Tas promis,

Sur la mère plus tard, aujourd'hui sur le fils ;

Ta vengeance sera pour elle plus arrière ;

Commence par le fils pour voir pleurer la mère !

Sois comme moi : Vaincu par ce prêtre maudit.

Ma colère s'amasse et sourdement grandit ;

Je veux que de ce peuple et de ces rois, ensemble,

La moitié disparaisse et que le reste tremble ;

J'aime à sentir ainsi les haines m'envahir :

Je voudrais croire en Dieu pour pouvoir le haïr !

— Maintenant, agissons. Tu vas mieux me comprendre,

Car voici le moment où tu dois tout apprendre.

ALIÉNOR

Enfin !

HUGONNEL

Je t'ai sauvée, élevée au-dessus Des autres femmes...

ALIÉNOR

Oui.

HUGONNEL

Tu ne sais rien de plus ?

Tu ne connais ni ton vrai nom ni ta naissance

ALIÉNOR

Non.

HUGONNEL

Je t'ai dit un jour, tu t'en souviens, je pense, Que je possédais seul des secrets importants ; Ne t'étonne de rien ; nous vivons dans un temps Dont l'histoire est souvent terrible et peu chrétienne, Heureusement ! — Tu la connais. — Voici la tienne : Le Bohémien, l'homme à qui je t'achetai, M'apprit, le même jour, toute la vérité : Louis Huit, le mari de Blanche de Castille, Fit enfermer jadis, au fond d'une bastille, Charles Quatre, royal et dernier descendant De Charlemagne, avec sa fille encore enfant ; Dans ce fort d'Orléans. — Ecoute mieux encore ! — Charles mourut... Epée ou poison ? Je l'ignore : Mais avant de mourir, il put faire échapper Sa fille qu'on allait sans doute aussi frapper ; Il confia l'enfant, dont on perdit la trace, Le dernier rejeton de cette illustre race, A des Bohémiens, et leur chef lui promit De garder ce secret qu'à moi seul il transmit ; Et de cela j'ai bien les preuves, je l'atteste. — Cette fille, c'est toi.

AL1ÉNOR

Moi ? moi !

HUGONNEL

Tu sais le reste.

ALIÉNOR

Je n'ai rien oublié.

HUGONNEL

Tes devoirs et tes droits Sont de venger ton père et ta race à la fois, D'employer le poison à défaut de l'épée, De ressaisir ici la couronne usurpée, Car elle t'appartient, comtesse Aliénor ! Comtesse... C'est trop peu ! Tu seras plus encor :

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