ACTE TROISIÈME
Ganelon fut puni ?
Etiez- vous là ?
RICHARD
Sans doute, mais trop peu !
RAGENHARDT RICHARD
Pas assez... non, grand Dieu !
RAGEMIARDT
RICHARD
Sans doute, et je regrette encore...
RAGEMIARDT
Vous regrettez... quoi donc?
RICHARD, revenant vers lui.
Ici, nul ne l'ignore, Seigneur saxon ; après l'arrêt impérial, On lia Ganelon mourant sur un cheval Qu'on chassa dans les bois, afin que l'homme infâme? Tandis que pour toujours Satan prendrait son âme, Servît de proie aux loups, aux renards, aux corbeaux. Je le suivis, voulant voir cela ! Des lambeaux De chair guidaient mes pas. Au bord d'une ravine Je vois le cheval seul. Tandis que j'examine Tout autour, j'aperçois des moines qui montaient Vers le couvent voisin. Je les suis ; ils portaient Le corps de Ganelon ; il était bien sans vie. Ma meilleure vengeance ainsi me fut ravie : Je regrette le? loups et les corbeaux !
RAGENHARDT
On dit Qu'il avait un enfant, ce Ganelon maudit ?
RICHARD
Un fils... oui ! Mais ce fils, on Ta fait disparaître. « Brûle l'œuf de serpent et la graine de traître. » C'est le dicton. — Comment? quand? par qui?je ne sais.
(Richard va vers Geoffroy et Hardré et surveille leur assaut).
RAGENI1ARDT, à part, sur le devant de la scène.
Moi, j'en sais plus que toi, maintenant ! C'est assez.
— A moi donc lentement la vérité se livre !
Ce regard d'Amaury !.,. premier indice à suivre !
Second indice ici : Ganelon fut guéri
Par ces moines... Radbert !... Tout s'explique : Amaury
Masque le Ganelon ; l'habileté du prêtre
A tout prévu : ce fils qu'on a fait disparaître,
On a changé son nom ; c'est Gérald I — Tout cela,
Il faudrait le prouver. Attendons jusque-là.
(Il va rejoindre les jeunes seigneurs qui causent à droite.) RICHARD, à Geoffroy et à Hardré, qui continuent l'assaut.
Ferme ! Continuez, messires ! la main haute, Comme cela !... Le bras plié ! — C'est votre faute, Sire Geoffroy ! Parez, et puis rompez d'un pas.
GEOFFROY
Pardon, sire écuyer, pardon !... mais je suis las.
HARDRÉ
Et moi de même !
(Il va vers le groupe où Ragenhardt cause avec d'autres jeunes seigneurs.)
RICHARD
Hélas ! — 0 Roland ! ô mon maître I Puisqu'après nous ainsi les hommes doivent être, Tu lis bien de mourir.
IIARDRÉ
Bon Richard, je conçois Que tu parles ainsi, toi, son page autrefois ; Mais c'est un rude jeu que le jeu de l'escrime, Et je suis fatigué ; fatigue n'est pas crime.
(Se dirigeant vers une table chargée de livres.) Puis, nos travaux savants nous réclament...
RICHARD
Fort bien :
C'est depuis qu'on sait tout que l'on ne fait plus rien !