ACTE TROISIÈME
II ARDRE, à part.
Ce Saxon Encourage les gens d'une étrange façon î
RAGENHARDT
Dites-moi cependant, — car c'est ce qui m'appelle A visiter ce grand palais d'Aix-la-Chapelle, — Comment dans ce duel on put vous engager, Et depuis quand ?
IIARDRÉ
Depuis un mois, sire étranger ; Mais Geoffroy mieux que nous ici peut vous le dire, Car il était présent.
GEOFFROY
Oui.
RAGENHARDT
Parlez donc, messire.
GEOFFROY, quittant la table où il lisait.
Seigneur Saxon, voilà trente jours... hélas 1 oui ! Nous achevions le jeu d'armes comme aujourd'hui ; Un Sarrazin, suivi d'une nombreuse escorte, Charlemagne étant là, parut à cette porte. « Sire empereur, dit-il, je pris, étant enfant, « Le jour de Roncevaux, sous le corps de Roland « Durandal, son épée, et je viens vous la rendre. « Mais je ne la rendrai qu'à qui pourra la prendre !» Dieu nous châtie, hélas ! dans ces affreux tournois, Trente barons français sont morts depuis un mois ; Et bientôt l'on verra peut-être l'infidèle, Remportant Durandal, quitter Aix-la-Chapelle. Cependant, chaque jour, à l'heure du combat, Levant avec effort son front que l'âge abat, L'empereur vient ici. Près de cette fenêtre, On le voit du dehors, grave et calme paraître. Son regard attentif, mais déjà résigné, Cherche son champion pour la mort désigné ;
La fille de Roland, qui seule l'accompagne, Dame Berthe, soutient le bras de Charlemagne. Quoique sans espérance, immobile et debout, Il veut être témoin du combat jusqu'au bout; Penché sur ce champ clos qui n'est plus qu'une tombe, 11 bénit de la main le chevalier qui tombe ; Puis on le voit rentrer, plus pâle et plus tremblant En murmurant toujours ce nom : Roland ! Roland !
RAGENHARDT
Je comprends, en effet : c'est un cruel martyre Que le sien !
RICHARD
L'Empereur ! que chacun se retire.
(Tous sortent. Charlemagne descend par l'escalier du fond, appuyé sur le bras de Berthe.)