SCÈNE V Le? Mêmes, ATTILA
ATTILA, paraissant au fond.
Bas les armes, mes fils!
Voilà donc — approchez, soldats, pour mieux entendre — Ce qu'après moi de vous l'empire peut attendre ; Cet empire, plus grand que le monde romain, Qu'en feriez-vous tous deux, si je mourais demain? Du Rhin jusqu'au Volga, par vos fureurs contraires, Vous en feriez le champ de bataille des frères ; Et quand cent mille Huns, aux plaines que voilà, Tomberaient morts : Ce sont les enfants d'Attila ! Se diraient tout joyeux les corbeaux dans la nue ; Mais cette heure sinistre encor n'est pas venue, Pour détruire mon œuvre on attendra longtemps ; Tant pis pour vous, mes fils : je n'ai pas cinquante ans ! Malheureux ! Faut-il donc moi-même vous redire Ce que pour le fonder m'a coûté cet empire? J'avais un frère aussi I l'héritage commun Entre nous divisé, le vieux royaume hun Perdait sa force avec son avenir de gloire ; Je l'ai sauvé! Comment? Demandez à l'histoire! Comme moi Romulus agit en pareil cas ; Mais, moi vivant, mes fils ne m'imiteront pas!
— Ellak, tu te souviens comme moi que ta mère, Voilà dix ans, se mit du parti de mon frère ;
La prison est pour elle un trop doux châtiment, Ne me rappelle pas que je fus trop clément !
— Hernock, jusqu'à ce jour, soit dit à ta louange, Je fus content de toi. Quand on change, je change,