‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 80 sur 387 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Et je n'en suis que plus sévère, songes-y! Pour vos querelles dont l'instant est mal choisi ; Je devrais vous punir tous deux, je vous pardonne, Mais tendez- vous la main.

Voici la mienne.

ATTILA

Donne

A ton frère la main, Hernock.

HERNOCK

Je ne veux pas.

ATTILA

Eh bien, mettez aux fers le prince Hernock, soldats !

(Hernock se précipite au devant des soldats d'un air menaçant, mais il s'arrête devant le regard d'Attila.)

ATTILA

Faites !

(Hernock sort avec les soldats.)

Si parmi vous, soldats, quelqu'un me blâme, — Attila le permet — qu'on parle, qu'on réclame ! Personne ne répond ? Je devine pourtant Que ma justice ici fait plus d'un mécontent ; A garder le silence on croit être plus sage, Mais je lis dans le cœur comme sur le visage, Rien n'échappe au regard dumaître! — Approchez- vous.

(Les soldats se rapprochent. Attila passe devant les rangs en promenant ses yeux de l'un à l'autre.)

Je saurai bien juger ce que vous pensez tous !

(A un soldat )

Toi, vieux soldat, tu sais qu'un maître, quand on l'aime, Fait toujours bien...

(A un autre.) Et toi de même !...

(A un autre.)

Et toi de même.

(A un quatrième )

Toi, tu me blâmes... Oui I Je le sens, je le vois; — Qu'on emmène cet homme, et qu'on le mette en croix ! , Attila saisit le soldat et le jette aux autres qui l'emmènent.)

HERRIC, comme se réveillant.

Attila!... mène-moi vers Attila, ma fille ! Je veux le voir en face.

i flildiga le conduit vers Attila.)

Oui, ce regard qui brille Comme un feu dans la nuit sous ces sourcils couverts, C'est le sien ! Voila donc l'effroi de l'univers ! C'est la voix d'Attila qui frappait mon oreille 1 D'où vient qu'à cette voix ma force se réveille? Oui, l'on verra, si Dieu soutient encor mon cœur, Le roi vaincu parler debout au roi vainqueur !

(Il se redresse devant Attila immobile.)

Attila, par ta main Dieu me dompte et me broie ; Ma misère est ta gloire, et mon peuple est ta proie, Ta volonté terrible est son seul avenir, Pour la dernière fois laisse-moi le bénir.

Tu peux parler vieillard. Tu défendis ta ville Vaillamment contre moi; ce fut gloire inutile, Mais j'aime qu'on soit brave, et je veux t'écouter!

MU.NDO

Puis, un vaincu qui parle est moins à redouter! IIERR1C, aux captifs.

Mes enfants, notre espoir est fini dans ce monde; Nous allons tous entrer dans cette nuit profonde Qu'on nomme l'esclavage, en attendant la mort ; Mais, du moins, nos malheurs ne sont pas un remord ; Nous avons combattu pour Dieu, pour la patrie ; Notre âme est torturée, elle n'est point flétrie,

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