ACTE DEUXIÈME
ATTILA
Va donc dire à vos fils, qui devront te bénir :
Préparez un palais, Attila va venir!
Ah! c'est ainsi, Romain, que de moi l'on se joue?
Tant qu'on est sous mes pieds, on me flatte, on me loue;
Mais on devient perfide, insolent, glorieux,
Quand on me croit trop loin pour me venger. — Tant mieux
Tant mieux! — Il est, vois-tu, j'y songe avec tristesse,
Deux villes que j'ai pu prendre : Rome et Lutècel
Quand je les épargnai, ce fut un jour maudit.
Où passe mon cheval l'herbe meurt, a-t-on dit ;
Et l'herbe est verte aux bords de la Seine et du Tibre !
Le pape est triomphant et l'Empereur est libre !
Mais je réparerai cette faute bientôt,
Puisque j'ai sous la main le prétexte qu'il faut.
(Il va vers l'ambassadeur et lui saisit vivement la main.)
Viens, et regarde, là !
(Du geste il lui montre au loin, l'horizon, le fleuve, les montagnes.)
Ce Danube barbare, Il est à moi! Du monde ancien il nous sépare; Eh bien, je veux un jour que la Loire et le Rhin Frémissent comme lui sous mon pied souverain; Je veux l'Europe, et puis l'Afrique, sans partage, La terre et l'océan, Rome comme Garthage ; Je veux, après la Grèce, après le Pont-Euxin, L'Empire d'Orient, mon rival, mon voisin, Son empereur Marcien depuis longtemps me brave... Ce mauvais empereur ferait un bon esclave ! Oui, Romain, tout cela, vois-tu, je le ferai, Et bientôt l Tout cela, je le veux, je l'aurai! Oui, quand viendra l'instant dont seul je serai juge, Jamais l'homme n'aura vu de pareil déluge, Et des peuples seront rayés de l'univers, Gomme si l'océan les avait recouverts !
MAXIMIN
Fais cela, si tu veux I Tu peux choisir en somme Le chemin qui te plaît pour aller jusqu'à Rome,
Ou celui d' Annibal ou celui de Brennus ;
Mais plusieurs qui l'ont pris ne sont pas revenus !
Rome, par toi surprise et d'abord stupéfaite,
Te fit du moins payer assez cher sa défaite;
Nous sommes avertis cette fois ; nous avons
L'expérience amère, et nous te la devons.
Ta première victoire est due à nos discordes;
Mais reviens désormais, pousse vers nous tes hordes,
Et ce peuple, blessé par lui-même souvent,
Tu le retrouveras uni, libre et vivant !
— Maintenant, roi des Huns, ordonne mon supplice.
ATTILA
Non ! De ton maître ici tu n'es que le complice, Et je veux le punir avant toi, Maximin. De Rome tu vas donc reprendre le chemin ; Je te suivrai de près. A l'Empereur annonce Que je dois lui porter moi-même ma réponse : Je conduirai dans Rome une reine à mon tour, Et tu verras César Auguste, chaque jour, Esclave que le fouet aux pieds du maître amène, Nous servir, elle et moi, sous la pourpre romaine ! — Mais ta présence assez longtemps me fatigua;
(A la foule.) Sortez tous à présent, oui, tous !
(Se retournant vers Hildiga ) Reste, Hildiga.