‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 95 sur 387 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Décide, car pour eux le cirque va s'ouvrir,

Si ceux qui viendront là doivent vivre ou mourir!

hildiga Attila !... Non ! jamais ! Non ! ce n'est pas possible !

ATTILA, prenant la hache suspendue à son côté. Femme, voici la hache ; eh bien, voilà la cible : Tu vas voir, pour signal des meurtres qui suivront, La hache d'Attila frapper ton père au front !

(Il brandit la hache comme prêt à la lancer.) HILDIGA, se précipitant sur lui et arrêtant sa main.

Non, arrête, Attila ! — Je comprends ma faiblesse ;

Je ne dirai plus rien désormais qui te blesse,

Toute lutte serait inégale entre nous ;

Mais sois plus généreux je t'en prie à genoux !

Pardonne à la victime abattue, écrasée,

A la reine tremblante, à la femme brisée !

Si ton sort, quelque jour, changeait comme le mien,

Tu pourrais regretter...

ATTILA

Non, je n'entends plus rien 1 Tes prières, tes pleurs sont encore un outrage ■ Dans ton abaissement, je sens ta sourde rage ; J'aime, d'ailleurs, à voir ceux dont je suis haï A mes genoux, pourvu que je sois obéi !

(Il la renverse à moitié.) HILDIGA, se relevant en le regardant fixement. J'obéirai.

ATTILA

Peut-être un autre espoir te reste ?

Ou la fuite ou la mort ? vain espoir, je l'atteste 1 Songe à mes prisonniers ! si tu fuis, ils mourront ; Ils mourront si tu meurs. Tu m'obéiras donc, Et tu m'obéiras sans larmes et sans plainte ! Ma fierté ne veut pas d'une épouse contrainte ;

Je ne veux pas surtout que l'on dise de toi :

Elle cède à la force en épousant le roi !

Je veux que les captifs, que ton père lui-même...

H1LDIGA

Tu crois qu'ils penseront, Attila, que je t'aime !

ATTILA

Pourquoi pas ? Je le veux !

II1LDIGA

Mais ils me maudiront Et jetteront sur moi l'anathème et l'affront !

ATTILA

Ce sera leur salut, crois-moi ! Leur indulgence

Sur eux appellerait tôt ou tard ma vengeance,

Je veux te voir par eux maudite comme moi ;

Mon orgueil a besoin de leur mépris pour toi !

Si d'un mot, d'un regard, d'un geste, d'un sourire,

Tu les avertissais de ton secret martyre,

A leur peu de fureur je le devinerais;

Tout ce que l'on peut craindre, alors je le ferais !

II1LDIGA

Attila, j'ai compris, et je courbe la tête;

Par ma honte, à sauver mon peuple, je suis prête.

C'est cela que tu veux, n'est-ce-pas?

ATTILA

C'est cela.

(Il se dirige vers la galerie, et crie en s 'adressant au dehors.)

Écoutez tous, sujets ou captifs d'Attila, Écoute, roi Herric! Devant vous je proclame Que la reine Hildiga ce soir sera ma femme ; Venez lui rendre hommage ici même, à l'instant; Venez tous 1 Attila près d'elle vous attend !

(Atlila et Hildiga, debout l'un près de l'autre font face à la foule qui se précipite, le roi Herric en tête.)

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