ACTE DEUXIÈME
Décide, car pour eux le cirque va s'ouvrir,
Si ceux qui viendront là doivent vivre ou mourir!
hildiga Attila !... Non ! jamais ! Non ! ce n'est pas possible !
ATTILA, prenant la hache suspendue à son côté. Femme, voici la hache ; eh bien, voilà la cible : Tu vas voir, pour signal des meurtres qui suivront, La hache d'Attila frapper ton père au front !
(Il brandit la hache comme prêt à la lancer.) HILDIGA, se précipitant sur lui et arrêtant sa main.
Non, arrête, Attila ! — Je comprends ma faiblesse ;
Je ne dirai plus rien désormais qui te blesse,
Toute lutte serait inégale entre nous ;
Mais sois plus généreux je t'en prie à genoux !
Pardonne à la victime abattue, écrasée,
A la reine tremblante, à la femme brisée !
Si ton sort, quelque jour, changeait comme le mien,
Tu pourrais regretter...
ATTILA
Non, je n'entends plus rien 1 Tes prières, tes pleurs sont encore un outrage ■ Dans ton abaissement, je sens ta sourde rage ; J'aime, d'ailleurs, à voir ceux dont je suis haï A mes genoux, pourvu que je sois obéi !
(Il la renverse à moitié.) HILDIGA, se relevant en le regardant fixement. J'obéirai.
ATTILA
Peut-être un autre espoir te reste ?
Ou la fuite ou la mort ? vain espoir, je l'atteste 1 Songe à mes prisonniers ! si tu fuis, ils mourront ; Ils mourront si tu meurs. Tu m'obéiras donc, Et tu m'obéiras sans larmes et sans plainte ! Ma fierté ne veut pas d'une épouse contrainte ;
Je ne veux pas surtout que l'on dise de toi :
Elle cède à la force en épousant le roi !
Je veux que les captifs, que ton père lui-même...
H1LDIGA
Tu crois qu'ils penseront, Attila, que je t'aime !
ATTILA
Pourquoi pas ? Je le veux !
II1LDIGA
Mais ils me maudiront Et jetteront sur moi l'anathème et l'affront !
ATTILA
Ce sera leur salut, crois-moi ! Leur indulgence
Sur eux appellerait tôt ou tard ma vengeance,
Je veux te voir par eux maudite comme moi ;
Mon orgueil a besoin de leur mépris pour toi !
Si d'un mot, d'un regard, d'un geste, d'un sourire,
Tu les avertissais de ton secret martyre,
A leur peu de fureur je le devinerais;
Tout ce que l'on peut craindre, alors je le ferais !
II1LDIGA
Attila, j'ai compris, et je courbe la tête;
Par ma honte, à sauver mon peuple, je suis prête.
C'est cela que tu veux, n'est-ce-pas?
ATTILA
C'est cela.
(Il se dirige vers la galerie, et crie en s 'adressant au dehors.)
Écoutez tous, sujets ou captifs d'Attila, Écoute, roi Herric! Devant vous je proclame Que la reine Hildiga ce soir sera ma femme ; Venez lui rendre hommage ici même, à l'instant; Venez tous 1 Attila près d'elle vous attend !
(Atlila et Hildiga, debout l'un près de l'autre font face à la foule qui se précipite, le roi Herric en tête.)