ACTE DEUXIÈME
« Ton Dieu, me dit Herklé, vous néglige souvent, « Renonce à lui. — Jamais!... » Elle saisit l'enfant, Et l'approcha de moi, tout près de la mamelle ; D'autres femmes étaient là, qui riaient comme elle ! « Prends-le, me dit Herklé, mais renonce à ton Dieu. « — Jamais !... » — On écarta de moi Fenfant, un peu Seulement, de façon qu'il pouvait voir encore Le sein gonflé de lait que son regard implore.
— Emportez-le, criai-je! — On l'emporta. Le soir, Herklé, tenant l'enfant, devant moi vint s'asseoir ; Il n'avait plus de fièvre, et son œil semblait vide, Et je voyais frémir sa bouche plus livide,
Et ses petites mains par un dernier effort
Me cherchaient... il allait mourir ; il n'est pas mort !
— Reine Hildiga, voilà ma misère, ma honte; Je la réparerai peut-être un jour, j'y compte. Toi qui n'as pas de fils à sauver, dis-moi donc L'excuse de ton crime et l'espoir du pardon !
HERRIC
Ma fille, à moins que Dieu n'ait rejeté ton âme, A moins que le démon déjà ne la réclame, Après ce que tu viens d'entendre, tu feras Ton devoir, et je peux t'ouvrir encore mes bras?
HILDIGA
Mon père, fermez-les ! je n'ai plus rien à dire.
HERRIC
Non, je les lèverai sur toi pour te maudire !
(Se retournant vers les captifs.)
Et vous, mes compagnons, mes frères, aidez-moi Dans ma juste vengeance et de père et de roi, Crions-lui tous ensemble, au nom de la patrie : Femme du roi des Huns, sois maudite et flétrie !
(Tous les captifs, excepté Walter, lèvent la main.) TOUS
Sois maudite, Hildiga !
IIILDIGA, éperdue.
Mon père ! Ah ! malheureux !
(Rencontrant le regard d'Attila.) Non, non ! C'est bien !
WALTER, descendant la scène et fléchissant un genou devant Hildiga.
Pardon pour ton père et pour eux !
IIILDIGA
Walter !
ATTILA, a part.
Walter... tant mieux !
Oui, pardonne à l'injure, A tous ceux dont l'erreur te croit lâche et parjure ; Ton âme en cet opprobre est plus sublime encor ; Je te connais, j'ai vu briller l'étoile d'or, Et s'il vient un moment où plus d'ombre la voile, Je réponds : Ce n'est pas la faute de l'étoile ! Insultez le brouillard qui monte en grandissant Et les vents orageux ; mais l'astre est innocent !
IIILDIGA
Non, non! — Crois-moi, Walter: L'insulte et l'anathème, Je les ai mérités : maudis-moi donc toi-même !
WALTER
Non; si Dieu t'accusait, comme ton père, hélas 1 Je crierais même à Dieu : Tu ne la connais pas !
HERRIC
Tu blasphèmes, Walter ! quoiqu'ici tout l'accuse, Ta générosité lui veut faire une excuse, Mais quand tu la verras accomplir son dessein, Toute pitié mourra, j'en suis sûr, dans ton sein. Avant que pour jamais son crime nous sépare, Au festin nuptial, que sans doute on prépare, Mes compagnons et moi nous serons tous présents, Et nous v servirons la reine !