SCÈNE II ATTILA, MUNDO
ATTILA
Que me veux-tu, Mundo? Ne peux-tu pas attendre? Cet entretien secret...
MUNDO
Non, maître, il faut m'entendre.
ATTILA
A tes discours railleurs fais trêve cette fois,
La fête nuptiale est prête, tu le vois,
La reine et son cortège avant peu vont paraître.
MUNDO
Tu le sais comme moi, la loi hunnique, maître, Veut qu'en un jour d'hvmen, comme en un jour de mort Moi le chef des devins, j'interroge le sort.
ATTILA
C'est vrai. Je reconnais, Mundo, ta prévoyance La veille du combat de Ghâlons, ta science M'en prédisait l'issue, et moi je m'efforçai De rendre moins complet le désastre annoncé.
MUNDO
Eh bien, veille aujourd'hui sur la nouvelle reine ; Je viens d'interroger les baguettes de chêne, Elles ont répondu : — sache tout, il le faut, — « Quelqu'un veut enlever la reine, ici, bientôt. »
ATTILA
Ah ! vraiment ? Après tout, je comprends que la rage Des captifs... Mais je veux en savoir davantage; Les baguettes de chênes ont-elles dit le nom Du coupable et du fou qui croit ainsi...
MUNDO
Non.
ATTILA
Je le saurai. — Tu vois, je suis calme. A vrai dire, Ce projet insensé vaut à peine un sourire ; Je veux savoir ce nom ! — Herric ?
MUNDO
Il se pourrait.
ATTILA
Mes fils, Hernock, Ellak, qu'un commun intérêt?...
MUNDO
Il se pourrait aussi; mais à moins d'une preuve...
ATTILA
N'importe; je les veux soumettre à quelque épreuve. — Et Walter?...
MUNDO
Celui-là, c'est vraisemblable, au point Que c'est peut-être faux ! attends : n'oublions point Le s femmes.
ATTILA
Tu croirais?...
MUNDO
Les femmes! C'est très grave.
Cette Gérontia, par exemple...
ATTILA
Oui, l'esclave ; Je veux savoir ce nom !
MUNDO
Cherche donc. Bon espoir.
ATTILA
Ce matin, la princesse Honoria! — Ce soir, Hildiga !
MUNDO
Sur ce point tu ne veux pas m'en croire : D'imiter les Césars tu te fais une o-loire: Tes femmes se feront — ou ce serait hasard — Un plaisir d'imiter la femme de César !
ATTILA
Tais-toi railleur !...
MUNDO
S'il doit ou gémir ou se taire, Un prophète est vraiment trop malheureux sur terre !
ATTILA
Assez ! On vient. Surtout, de ceci pas un mot !