ACTE III, SCÈNE IX
CHARLES
Suzette, ah! mon sang bout dans mes veines.
SUZETTE
Nous avions cependant bien assez de nos peines.
Cher cousin! pour jamais il faut nous séparer.
CHARLES
Nous séparer ! Tu vas, toi, me désespérer !
Ah! ne me parle pas du départ, je t’en prie.
SUZETTE
G’est mon oncle...
CHARLES
Ton oncle aurait la barbarie De t’emmener, Suzette ?
SUZETTE
Hélas ! il veut partir.
CHARLES
Vous ne partirez pas; je n’y puis consentir.
SUZETTE
Pouvons-nous l’arrêter ?
Tu veux donc que je meure ?
SUZETTE
Mais sans mon oncle ici veux-tu que demeure?
CHARLES
Je veux... puisque pour nous il a si peu d’égards,
Je ne ménage rien: si vous partez, je pars.
SUZETTE
Quoi ! se peut-il ?
CHARLES
Sans doute; avec vous je m’embarque Sinon je me saisis d’un esquif, d’une barque;
Car tout me sera bon; oui, je vous poursuivrai,
Fût-ce même à la nage, et je vous atteindrai,
N’en doute pas; l’amour me donnera des ailes.
Cet amour, je le sens, prend des forces nouvelles.
SUZETTE
Ah! Charle! ah! mon ami ! Cette aimable chaleur Me ravit.
LA FAMILLE BRETONNE
Elle naît de l’excès du malheur.
Je fus, jusques ici trop faible, trop timide;
A force d’injustice, on me rend intrépide.