ACTE I, SCÈNE V
J’ai craint d’être privé du bonheur de vous voir.
EUPHRASIE
Monsieur...
MER VILLE
Elle s’arrache enfin à sa peinture.
J ULE.
A sa harpe.
MER VI LLE
Surtout à sa chère lecture.
EUPHRASIE
Courage !
En longs travaux pourquoi s g consumer?
Eh ! ne sait-on pas tout, lorsque Ton sait charmer ?
EUPHRASIE
De savoir tout, alors, je suis peu curieuse.
MADAME MERVILLE
Mais l’étude te rend un peu trop sérieuse.
MERVILLE
Beaucoup trop.
LORSAN.
Vous auriez un sourire si doux!
EUPHRASIE
Sérieuse, ma mère ? en quoi le voyez-vous ?
Chacun est dans ce monde heureux à sa manière ;
(Regardant ses frères du coin de l’œil.)
L’un aime à s’occuper, d’autres à ne rien faire. jule.
Oui, pour aller au but ma sœur a su choisir La roule de l’ennui, nous celle du plaisir.
MERVILLE
J’honore les savants ; par malheur ils m’endorment.
MADAME MERVILLE
Mes fils sont plaisants.
EUPHRASIE, souriant.
Oui ; n’est-ce pas qu’ils se forment ?
JULE.
On ne se forme, hélas ! que trop avec le temns.
MER V IL LE
Eh ! oui; laisse l’étude à ces tristes pédants.
EUPHRASIE
Voilà votre grand mot. Mais dites, je vous prie,
Ce que vous entendez par la pédanterie,
Et comment on peut fuir, messieurs, ce grand défaut Vous raillez votre sœur ; conseillez-la plutôt.
On me croirait vraiment, à vous entendre dire, Femme savante, moi ! parce que j’aime à lire,
Parce que je commence à dessiner un peu,
Et qu’enfin mon piano me plaît mieux que le jeu : Mais sont-ce là des torts à m’ôter votre estime ? S’instruire, s’occuper, serait-ce un si grand crime ? Faut-il absolument qu’une femme, aujourd’hui,
Ne soit qu’une ignorante et périsse d’ennui?
MADAME MERVILLE
Mon Dieu ! ce n’est pas là ce qu’entendent tes frères
JULE.
Pure ironie!
Oh ! non, je ne m’en pique gué res :
Mais quoi ! vous m’attaquez, et moi je me défends.
MADAME MERVILLE
Allons, point de débats entre vous, mes enfants.
MERVILLE
Soit, chacun a son goût ; oui qu’Olivier s’occupe De livres, de science...
JULE.
Il est pourtant bien dupe,
Ce pauvre cousin.
EUPHRASIE
Jule, eh ! mais, toi le premier, Es-tu bien en état de juger Olivier ?
L ORSAN
Pour défendre Olivier votre chaleur est grande, Mademoiselle...
EUPHRASIE
A-t-il besoin qu’on le défende ?