ACTE IV, SCÈNE VI
J U LE
(Bas à sa sœur.)
Il ne s’v prend pas mal. Réponds en liberté, Je suis là.
EUPHR ASIE, Bas.
Mais je veux dire la vérité.
(Haut à Lorsan.)
Votre hommage, monsieur, et m’honore et me Üatie. Mais dois-je y répondre ?
JULE.
Oui, sous peine d’être ingrate.
LORSAN.
Ah ! ta sœur ne peut l’être ; avec tant de beauté,
Jule, elle manquerait de sensibilité l
(à Euphasie.)
Oh! non. Mais abjurez cette réserve extrême;
Ou je prends pour aveu votre silence même.
(jute passe à la gauche de Lorsan.)
EUPHR ASIE, virement
Je vais parler, Monsieur. J’ai promis, demandé Un entretien secret à monsieur de Naudé ;
Et je ne puis avant m’expliquer.
LORSAN.
Pas possible !
(D’un air suffisant.)
Ignorer jusque-là si vous êtes sensible!
Eh ! tu t’en flatteras, mon cher, en attendant.
LORSAN.
Vous choisissez au reste un digne confident.
C’est un homme d’honneur, que j’aime et considère, Que je révère enfin comme mon propi e père.
EUPHR ASIE.
De pareil sentiments, monsieur, je vous sais gré,
LORSAN.
Une fois votre époux, je vous l’amènerai ;
Nous le verrons beaucoup. Plein d’égards pour son âge. Nous l’admettrons au sein de notre heureux ménage^. Notre ménage !... ô Dieu ! ce mot seul m’a ravi t*
Moi, sous le joug d’hymen, doucement asservi !... Chaîne de fleurs ! pour nous un nouveau jour va naître. Vous êtes riche, et moi connu, fête peut être :
Oh ! l’ensemble charmant qu’ainsi nous formerons ! Nous verrons tout Paris ; au moins nous choisirons... Quelle société nous aurons ! et fût-elle Plus brillante cent fois, vous serez la plus belle ; Chacun vous le dira! fort bien ; moi, grâce au ciel,
Je ne suis point jaloux : il est tout naturel,
Pourvu que votre cœur à mon cœur seul réponde, Que vous soyez aimable aux yeux de tout le monde; Tel est votre destin, trop longtemps retardé. Retournez maintenant vers monsieur de Naudé ; Interrogez son âme et noble et généreuse ;
Allez, demandez-iui si vous serez heureuse.
J U LE, à part.
Sait-il cela par cœur ?
EUPHR ASIE.
Ce portrait enchanteur
Me séduirait bien plus, s’il était moins flatteur.
L ORSAN
Hais, non, tout simplement j’ai peint votre partage.
EUPHRASIE
Le mien?... quoi qu’il en soit, sans tarder davantage, À monsieur de Naudé, si vous le voulez bien,
-Je vais ouvrir mon cœur et lire au fond du sien.
LORS AN
Puisqu’il faut sur mon sort qu’un étranger prononce, Allez donc ; en tremblant, j’attends votre réponse.
EUPHRASIE, souriant.
En tremblant? du bonheur est-ce vous qui doutez?
Si j’en crois vos discours, c’est vous qui l’apportez.
(Elle sort.)