ACTE III, SCÈNE IX
De cet excès d’humeur je ne vois point la cause. Pourquoi donc s’emporter, mon ami, quand on cause Vous parlez de volcans, de naufrage... Eh ! mon cher, Demeurez en Touraine, et n’allez point sur mer.
Sans doute, autant que vous je déteste la guerre ; Mais on s’éclaire enfin, on ne l’aura plus guère.
Bien des gens, dites-vous, doivent : sans contredit,
Ils ont tort ; mais pourquoi leur a-t*on fait crédit? L’hymen est sans amour? Voyez dans ma f imille. L’amour n’est nulle part? Demandez à ma fille.
Les femmes sont un peu coquettes ? ce n’est rien :
Ce sexe est fait pour plaire : il s’en acquitte bien. Tous nos plaisirs sont faux? mais quelquefois, à table, Je vous ai vu goûter un plaisir véritable.
On fait de méchants vers ? eh ! ne les lisez pas.
Il en paraît aussi dont je fais très-grand cas.
On déraisonne? eh oui, parfois un faux système Nous égare... Entre nous, vous le prouvez vous-mème. Calmez donc votre bile, et croyez qu’en un mot, L’homme n’est ni méchant, ni malheureux, ni sot.
M. DE MORIN VAL
Fort bien 1 Cette réponse est très-satisfaisante.
M. DE PLINVILLE.
Eh ! je ne réponds point, mon ami, je plaisante;
Car, si je répliquais, nous ne finirions pas,
Et ce serait matière à d’éternels débats.
Pardon, de disputer vous avez la manie ;
Oui, vous semblez goûter une joie infinie A ces tristes tableaux ; d’honneur î vous affectez De voir tous les objets par leurs mauvais côtés.
M. DE MORIN VAE
Àh ! j’ai grand tort !...
M. DE PLINVILLE.
Peut-être ; oui, celui d’être extrême, Et surtout de juger en moi comme un système,
Ce qui n’est que l’effet d’un heureux naturel,
Qu’on peut blâmer, dont moi je rends grâces au ciel. Je n’ai point cet esprit de fiel et de critique :
Simple, et me piquant peu de vaste politique,
Je supporte les maux, je savoure les biens :
J’en jouis, à la fois, pour moi-même et les miens.
Car mes soins ne pouvant embrasser tous les hommes, Je tâche, ici du moins, que tous tant que nous sommes, Goûtions la paix, l’aisance et le bonheur... bonheur Que je trouve surtout dans le fond de mon cœur.
M. DE MORINVAL.
Je vois bien qu’avec vous je n’ai plus qu’à me taire. Gardez, monsieur, gardez votre heureux caractère.