SCÈNE II
MADEMOISELLE DE CRAC
Oui, vous mé rappelez lé souvenir d’un frère,
Qué j’aimais tendrement, à qui j’étais bien chère :
Il sérait dé votre âge... Ah ! régrets superflus !
Gé frère si chéri, probablement n’est plus ;
Dès longtemps nous n’avons dé lui nullé nouvelle.
Se peut-il? Que sait-on pourtant, mademoiselle?
Des frères qu’on crut morts... ressuscitent souvent. Peut-être un jour...
MADEMOISELLE DE CRAC
Eh mais ! si lé mien est vivant,
Il m’oublie; et cé coup né m’est pas moins sensible.
SAINT-BRICE
Vous oublier? Oh non ! cela n’est pas possible.
MADEMOISELLE DE CRAC
Monsieur, c’est l’un ou l’autre.
SAINT-BRICE
En un mot, espérez!
Car j’ai dans l’idée, oui, que vous le reverrez.
MADEMOISELLE DE CRAC
Jé né m’en flatte plus.
SAINT-BRICE
De l’absence d’un frère,
En tout cas, un amant console et sait distraire.
MADEMOISELLE DE CRAC
Un amant, dités-vous ?
SAINT-BRICE
Eh oui!... vous rougissez?
MADEMOISELLE DE CRAC
Qui? moi, monsieur ?
SAINT- BRICE
Vous-même; et c’est en dire assez.
Au fait, s’il est heureux, il est digne de l’être ;
Et j’aurais grand plaisir... on vient; c’est lui peut-être.
MADEMOISELLE DE CRAC, vivement.
Lui-même.
MONSIEUR DE CRAC
SAINT-BRICE
Alors, je vais troubler votre entretien:
Je crains d’être importun.
MADEMOISELLE DE CRAC
Monsieur, né craignez rien.
SAINT-BRICE
(a part.)
Vous permettez? je reste. Il me prend fantaisie De donner à l’amant un peu de jalousie.