‹ [Œuvres choisies]Chapitre 3 sur 558 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MADEMOISELLE DE CRAC

Oui, vous mé rappelez lé souvenir d’un frère,

Qué j’aimais tendrement, à qui j’étais bien chère :

Il sérait dé votre âge... Ah ! régrets superflus !

Gé frère si chéri, probablement n’est plus ;

Dès longtemps nous n’avons dé lui nullé nouvelle.

Se peut-il? Que sait-on pourtant, mademoiselle?

Des frères qu’on crut morts... ressuscitent souvent. Peut-être un jour...

MADEMOISELLE DE CRAC

Eh mais ! si lé mien est vivant,

Il m’oublie; et cé coup né m’est pas moins sensible.

SAINT-BRICE

Vous oublier? Oh non ! cela n’est pas possible.

MADEMOISELLE DE CRAC

Monsieur, c’est l’un ou l’autre.

SAINT-BRICE

En un mot, espérez!

Car j’ai dans l’idée, oui, que vous le reverrez.

MADEMOISELLE DE CRAC

Jé né m’en flatte plus.

SAINT-BRICE

De l’absence d’un frère,

En tout cas, un amant console et sait distraire.

MADEMOISELLE DE CRAC

Un amant, dités-vous ?

SAINT-BRICE

Eh oui!... vous rougissez?

MADEMOISELLE DE CRAC

Qui? moi, monsieur ?

SAINT- BRICE

Vous-même; et c’est en dire assez.

Au fait, s’il est heureux, il est digne de l’être ;

Et j’aurais grand plaisir... on vient; c’est lui peut-être.

MADEMOISELLE DE CRAC, vivement.

Lui-même.

MONSIEUR DE CRAC

SAINT-BRICE

Alors, je vais troubler votre entretien:

Je crains d’être importun.

MADEMOISELLE DE CRAC

Monsieur, né craignez rien.

SAINT-BRICE

(a part.)

Vous permettez? je reste. Il me prend fantaisie De donner à l’amant un peu de jalousie.

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