‹ [Œuvres choisies]Chapitre 361 sur 558 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

M. D’ORLANGE.

Mademoiselle... au moins, sans trop être indiscret, J’ose le croire, alors, vous accompagnerait.

MADEMOISELLE ü’ORFEUlL.

Partout avec plaisir j’accompagne mon père.

Cette partie aurait surtout droit de me plaire.

m. d’orlange.

Ce que vous dites là me charme en vérité, Mademoiselle; moi, j’ai toujours souhaité,

Lorsque je me mettais pour longtemps en campagne, Au lieu d’un compagnon d’avoir une compagne.

On part un beau matin, suivi d’un écuyer :

Elle est en amazone, ou bien en cavalier;

Tout prend autour de vous une face nouvelle :

L’air est plus doux, plus pur, la nature plus belle.

On s’arrête, on sourit, on se montre des yeux Ce qu’on voit, on en parle; enfin on le voit mieux. Est-on las? on descend au bord d’une fontaine;

Et dans ce doux repos on oublierait sans peine Le voyage lui-même. En un joli château On arrive le soir, toujours incognito ;

Car c’est là ma manière, et je hais, en voyage,

Tout appareil, tout faste et tout vain étalage.

De l’Europe, du monde on fait ainsi le tour,

Tout en se promenant. Quel plaisir, au retour,

Quand le soir, près du feu, l’on se rappelle ensemble Ce qu’on a vu, tel jour, en tel endroit ! Il semble Qu’on le revoie encore, en se le racontant.

m. d'orfeuil.

Je crois voir tout cela moi-même, en écoutant;

Et vos riants tableaux me font jouir d’avance Du plaisir que j’espère en allant en Provence. m. d’orlange.

Revenons en effet au point essentiel.

La Provence, on le sait, est sous le plus beau ciel !... m. d’orfeuil.

Et vous avez, sans doute, une terre fort belle?

M. D’ORLANGE, embarrassé.

J’ai, très-jeune, quitté la maison paternelle,

LES CHATEAUX EX ESPAGNE 3

Et n’en ai maintenant qu’un souvenir confus.

C’était un bel endroit ! il doit Pètre encor plus.

M. d’oRFEUIL.

Et dites-moi, la mer est-elle loin ?

m. d’orlange.

En face,

Je m’en souviens fort bien, au pied .de la terrasse.

Un pareil souvenir ne s’efface jamais.

m. d’orfeuil,

C’est un coup-d’œil superbe !

m. d’orlange.

Oh 1 je vous le promets.

JUSTINE

Je verrai donc la mer une fois en ma vie I mademoiselle d’orfeuil.

J’ai toujours de la voir eu la plus grande envie. m. d’orlange.

Oh bien ! c’est un plaisir qu’avant peu vous aurez;

Et même en pleine mer vous vous promènerez.

mademoiselle d’orfeuil.

Mais... j’aurais peur, je crois.

Quelle faiblesse extrême !

Eh! craint-on quelque chose auprès de ce qu’on aime?,..

(il se reprend.)

Près d’un père ?

m. d’orfeuil.

Monsieur, il est temps de souper*

Et de ce soin pressant je m’en vais m’occuper. Voulez-vous bien venir, monsieur.. .monsieur d’Orlange?

JUSTINE, à part.

Le futur a joué son rôle comme un ange.

m. d’orfeuil.

(A d’Orlange. A sa fille.)

Venez... Ma fille, et toi, viens-tu?

mademoiselle d’orfeuil.

Dans le moment,

Je vous rejoins, mon père.

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